Insoumission française – Sonia MABROUK – L’observatoire – Mars 2021

Ce livre tombe à point nommé ! Nombreux sont ceux qui ont été choqués par les appels présidentiels  à la déconstruction historique. Avec ce livre, ce qui a pu paraître pour les adeptes du petit homme, comme une énième bataille de mots et une étroitesse d’esprit devant l’impossibilité de concevoir la pertinence de l’injonction élyséenne, avec ce livre, on réalise que cette réaction est un véritable instinct de survie.

Mais ce livre, tellement d’actualité, remet les choses en perspective et prend de la hauteur. Il nous incite à ne pas se tromper : il faut construire avec toute la vigilance et l’esprit critique possible pour Raison garder. Déconstruire est une spécialité à la mode, et un savoir faire parfaitement huilé et dangereux. C’est la démonstration de cet essai.

L’objectif des déconstructeurs est clair : réécrire l’Histoire pour imposer une vision sécessionniste et communautariste. Ces groupes minoritaires ont appris à déployer leur influence et tente  une convergence des luttes pour passer pour majoritaire.

Six groupes occupent les terrains : les pseudo-nouveaux antiracistes, les antisécuritaires pavloviens, les néo-féministes primaires, les écologistes radicaux, les fous du genrisme et les islamo-compatibles, mais aussi, étonnamment, les Gafam.

Ce qui les relient tous : ils détiennent la vérité, ne supportent pas la contradiction. Sectarisme et totalitarisme. Et l’art de se positionner en victime ! Cette modalité est primordiale dans la déconstruction. La véritable lutte consiste à démontrer qu’on est plus victime que l’autre.

Face à ce péril tant intérieur qu’extérieur, la société occidentale, et évidement la France est démunie. Peur d’agir, lâcheté, ou ignorance, plusieurs facteurs accélère le processus de décomposition de la civilisation. Est-ce inexorable ? Non, pas pour l’auteur. Il faut juste savoir faire preuve d’insoumission en osant s’octroyer le droit de réfléchir, en osant regarder notre passé avant de vouloir le déconstruire, en osant admirer ce qui a fait de nous ce que nous sommes. Une façon de redéfinir le Sacré, ou de le vivre autrement.

Avec sa concluante référence à Romain Gary,  je ferme ce livre bien décidée à continuer à me rebeller contre les propos présidentiels.

Le silence des Hautes-Terre – Sylvie Baron – Terre de poche 2021

Petit moment de bonheur ! Se promener dans ces paysages, merveilleusement rendus, est un vrai plaisir. Les personnages sont attachants, on a l’impression que l’on pourra les croiser, la prochaine fois que l’on descendra dans ce lieu qui a eu la gentillesse de nous adopter, nous les parisiens, (mais pas bobos, s’il vous plaît !). On ne lâche pas ce polar parce qu’on veut à tout prix connaître le fin mot de cette histoire qui sonne juste !

Merci Josy, pour ce cadeau savoureux, petit bout de « notre chez-nous » !

Les défis du mois de la bookynette

Une fois n’est pas coutume, deux titres imposés, mais au choix. 

J’ai eu du mal à choisir, j’ai donc pris les deux !

La personne de confiance, c’est tout léger. Cela pourrait même être excellent s’il l’auteur ne se laissait pas aller à la facilité de joindre ce qui va bien pour être certain d’être sélectionné par France Inter. Personnages bien trempés, situations concasses et mépris jouissif de la frontière entre glauque et bisounourserie. On avale les petites leçons de morale pour le plaisir de cette histoire bien contée. 

Le second, il ne donne assurément pas dans la facilité ! On enchaine ces nouvelles qui nous aspirent, tel un vrai trou noir ! Les commencer la nuit est vivement déconseillé ! Chacune son style, mais toutes implacables. Noir, noir ! 

Merci la bookynette pour cette semaine à sommeil réduit !

 

La conversation comme manière de vivre – Ali Benmakhlouf – Albin Michel – 2016

Ali Benmakhlouf est professeur de philosophie à l’université de Paris-Est-Créteil, et membre de l’Institut de France.

Dans cet ouvrage, il nous rappelle les bienfaits et les difficultés de l’art de la conversation. 

Forme de civilité, essence de civilisation, « à bâtons rompus » ou à « certes », Converser pour alimenter le doute et non pour être certain. Les liens tissés au fils des conversations sont d’une solidité impressionnante grâce à cette mise à l’épreuve permanente qu’elle impose.

Pas de conversation sans respect. La conversation s’établit dans une forme de réciprocité constructive et se distingue de la controverse, militante, partisane. La conversation ne saurait se satisfaire « des sons qui frappent l’air » (Duc d’Orélans), ni de solipsisme.  C’est, selon Montaigne la quête de la vérité sans essayer de l’établir. La conversation ou l’art de rendre perplexe, d’aller en profondeur vers les questions ouvertes. La conversation reste fragile, un mot peut la clore. Elle ne peut être « ni magistrale, ni impérieuse ». C’est savoir écouter la suggestion. La parole est un lien qui nous tient. C’est un élément fondamental de la démocratie. D’où la nécessité de protéger la liberté d’expression et le parler vrai. « Le vide de la conversation produit du mal politique ».  La conversation « à  bâtons rompus » peut faire craindre un manque de cohérence. Mais elle est aussi l’opportunité d’affiner les idées, de sortir des chemins parfaitement définis, permettre d’accepter que les choses puissent être autrement que comme nous avons d’abord pensé qu’elles devaient être. Elle libère de la volonté de bien dire et permet de s’attacher à la forme plus qu’à sa définition. Mais attention tout de même à ne pas faire perdre leur sens aux mots. Attention également à deux autres dangers de taille : La sottise et la dispute dialectique inépuisable. A noter que la conversation va au-delà de la parole : gestes, grains de voix, silences mêmes, en font partie. 

De toutes les conversations superposées, de tous les sons émis , « seule la raison fait la différence ». Cette façon efficace  de faire émerger la raison nous conduit parfois à converser avec nous-mêmes. De par les jeux de sons et les jeux de sens, la conversation libère de nouveaux terrains, conduit vers le parler oblique cher à Montaigne. Le ton de certitude n’a pas sa place dans cette construction verbale. Il coupe court à tout. Le commandement en est tout autant exclu. Garder son sang froid, tout un art, petit ou grand frère de l’art de la conversation. Mais tout est question d’équilibre, car « au contraire, la conversation est et se doit d’être vive ». L’implicite, l’ellipse et les pensées annexes sont les invités de la conversation, autant de moyens d’aller plus vite, telle des preuves contractées, conforme à l’économie qu’exige la conversation, face au désir de tout faire tenir en une phrase.

La phrase est une aventure.  Dans la conversation, on ne sait où conduit la superposition des niveaux de réalité. La parole peut se tarir. Elle peut être prisonnière de la pensée. Elle doit connaître les codes et savoir s’en détacher, toute attachée à la voix, au ton et à l’oreille. Elle est vitale.

 

LE LANCEUR D’ALERTE N’EST PAS UN DELATEUR – Pierre FARGE –

Editions JC Lattès

Je me suis lancée dans cette lecture alors que j’étais convaincue que le lanceur d’alerte n’est surtout pas un délateur et que j’ai vraiment envie qu’il soit protégé. Le problème, je ne sais pas où il m’a perdue, mais il a presque réussi à me convaincre du contraire !

Je ne souhaite pas faire de commentaires négatifs dans ce blog, mais si je prends la peine de mentionner cet ouvrage, c’est parce qu’il m’a conduite à me reposer cette question tellement d’actualité : qu’est-ce le bien commun et qui est habilité à le qualifier ? C’est sans doute là que nos chemins se sont séparés.

 

MAIS NE SOMBRE PAS ARISTIDE BARRAUD

Editions Points Septembre 2019

Ce livre m’a été conseillé par mon fils ainé dont j’admire sa façon de transmettre. Il m’a offert une véritable perle !

Aristide Barraud explique tout ce qu’il doit au fabuleux Oxmo Puccino. A moi d’essayer d’expliquer tout ce que nous allons devoir au lumineux Aristide.

Il nous offre ses mots, des mots tour à tour mots légers vous faisant vous envoler comme des plumes dans un souffle parfumé de printemps et des mots lourds comme du plomb qui vous cloue au sol.

Il vous offre ses mots pour vous expliquer l’inexplicable, ce que la tête et le corps vivent dans ses éclairs de flash back, de réveil, de réanimation, de reconstruction. Il a ce talent rare d’être simple et précis dans ce qu’il décrit. Il a ce talent rare de vous donner envie de vivre intensément mais toujours avec lucidité. Il nous offre tous ceux qu’il aime, tous ces gens, ceux qu’on admire et tous ceux qui nous ressemblent.

Cet homme aime les gens. J’aime cet homme et j’ignore quel futur il va se choisir, mais s’il lui prend l’envie de le partager encore par écrit, j’en serais ravie.

MILLE FEMMES BLANCHES – Jim FERGUS – Pocket

Une envie d’évasion, une envie d’aventure ? Plonger dans ce roman.

Il y a tous les ingrédients que l’on attend dans un majestueux western : les Indiens, la Cavalerie, les plaines, les bisons, les forts, les tipis, et les oiseaux.

Ce qu’il n’y a pas, c’est les bons d’un côté et les méchants de l’autre. Mais cela n’empêche pas d’avoir des personnages lumineux et d’autres sombres. Les éléments de romance indispensables à une totale évasion, une petite touche fleur bleue dont j’ai personnellement parfois besoin. 

Une foule de détails nous fait oublier que ce livre est une fiction.  Un musée des arts et traditions populaires à livre ouvert.

Merci à ma bookynette préférée pour ce coup de cœur et pour m’avoir commander en urgence la suite…

Vous êtes confinés vous ? Moi pas, je chevauche avec les mères qui ont prévu de se venger !

PAZ Caryl Ferey – Folio policier – Décembre 2020

Dans les notes, à la fin du livre, l’auteur nous explique avoir estimé « que la coupe est pleine »… « Si la réalité dépasse souvent la fiction » …

En effet, pas moyen de lâcher ce roman. On éprouve le besoin d’avoir la carte du pays sous la main, pour mieux suivre chacun des protagonistes et situer les endroits si précisément décrits, où il se passe tant de choses inimaginables.

Le Maître et Marguerite

Boulgakov – Edition et traduction de Françoise Flamant – Folio Classique – 2019

Le Maître, écrivain de génie (bon ou mauvais ?)

Marguerite, soutien indéfectible, superbe et fascinante

Satan, ni bon ni mauvais, …

Et puis tous les autres, dérisoires, ballotés, parfois ridicules, parfois attachants.

Ce livre bouillonnant qui nous conduit nous ne savons jamais vers où, oscille entre poésie, philosophie, satyre, délire, réalisme.

A lire, et sans aucun doute, à relire.

PARIS, MILLE VIES

Laurent GAUDE, Actes Sud 2020

Ce livre m’a-t-il réconcilié avec Paris ?

Non, au contraire et pourtant, comme toujours lorsque j’ouvre un livre de Laurent Gaudé, je tombe sous le charme de sa poésie et je suis envoutée par son amour des hommes.

Et pourtant, il a rempli ma besace déjà pleine de mes saluts à Danton quand je vais au cinéma, de mes lamentations au mur du Père Lachaise, de mes regrets sous l’appartement de Romain Gary…

Et pourtant, je vous conseille ce livre, cette déambulation qui remet les choses à leur place, c’est-à-dire partout et tout le temps.

Mais non, en lisant ces pages délicieuses, et parce que je répète avec délectation : « Une seule chose nous sauve, c’est l’intensité. Il n’y a qu’elle à opposer à la fragilité de nos existences. Vivre », je ne me suis pas réconciliée avec Paris, ce Paris qui fait tout pour tout oublier et pour tuer l’intensité. Paris, qu’es-tu devenu ?