Fâché comme un français avec l’économie

Enquête sur un désamour qui nous coûte cher

Pierre ROBERT – Editions Larousse – 2019

Préface d’Olivier Babeau

Dans un monde où tout le monde se sent compétent pour disserter sur une multitude de sujets parce qu’ils font partie de son quotidien, le livre de Pierre Robert nous aide, avec pédagogie, à déceler les idées fausses et la méconnaissance économique qui ne n’empêchent cependant pas les français d’avoir des idées tranchées. « Les sophismes économiques les plus grossiers tiennent lieu d’argumentation ». D’où l’impérieuse nécessité d’être mieux formés.

Pourquoi cet essai

« Il est urgent de dépassionner les affrontements et de retrouver le sens du dialogue, de sortir d’une opposition stérile entre le camp du bien et l’axe du mal où chacun excommunie l’autre ».

Pour sortir des show-débats, il est important d’acquérir une culture économique commune qui ne gomme pas les différences mais permets les argumentations. Aujourd’hui, le baccalauréat n’est plus garant de ce savoir commun.

Les français, plus captivés par la quête de repousser les  « frontières du possible »  grâce à la politique, ont boudés « les contraintes et les choix rabat-joie » de l’économie et ce sont laissé séduire par la pensée marxiste. Politique et économie se réconcilient avec Keynes, pendant trois décennies pour se séparer à nouveau avec la mondialisation et un environnement anxiogène où les rôles de chacun ne sont plus connus.

Malheureux comme un économiste en France ? Si nos contemporains ont une fin moins rude que celles de leurs prédécesseurs, la position de l’économiste reste compliquée : « science ignorée ou conspuée. »

Partie I – Un rejet de l’économie né de profonds malentendus

Les français sont réfractaires à l’économie. Ceci ne veut pas dire qu’ils ne s’y intéressent pas. Au contraire : l’économie donne lieu à des spectacles permanents, très prisés. Mais tous les sondages, tous les tests le prouve : ils sont bien peu nombreux, quelque soit leur milieux, à maîtriser les ordres de grandeurs, les concepts, les mécanismes… Même nos élites, nos dirigeants, souffrent de ce manque de connaissance. Autant dire que la situation est préoccupante.

Leur vision de la concurrence et du marché est très négative. Ce désamour existe depuis longtemps. L’argent n’est pas une chose propre et l’Etat sait mieux que nous conduire ses choses là. Culturellement, nous sommes imprégnés d’une longue tradition illébérale, renforcés par quelques traumatismes historiques qui sont pourtant le fait la la main mise de l’Etat. Avec quelques idées clés bien martelées par nos intellectuels, comme : Ce que tu gagnes, je le perds, ou tout est la faute du système, la France voit l’économie sous un prisme déformant. Or, depuis la fin des 30 glorieuses, et avec le constats d’échec de l’URSS, il est grand temps de sortir de ce que Fernand Braudel appelait des « prisons de longue durée », à savoir, notre environnement culturel.

Leur culture économique souffre d’une transmission défaillante. Les programmes et les peu d’heures de cours du lycée ne forment pas les élèves. Ils les formatent par un discours culpabilisant, une méfiance sur les entreprises, une détestation du marché, une vue tronquée du coût du travail, et une idéologie fièrement étalée. Le petit nombre d’heures préfère se consacrer plus à la sociologie qu’à l’économie. Une fois entrés en université, ce n’est pas  mieux : passivité, pessimisme, lacunes analytiques enseignés par des professeurs dont beaucoup refusent les valeurs de l’entreprise et rejettent la logique du marché et du profit. Endoctrinement, surtout pas de neutralité ! La part faites aux statistiques et mathématiques poussent beaucoup à renoncer, alors cette approche est réductrice du champs de compétences nécessaires et utilisé par la suite. Et au dessus de tout cela, des médias avides de buzz, loin de toutes approches scientifiques. On oscille entre dérision et désinformation.

Partie II – Un désintérêt aux lourdes conséquences

Une démocratie menacée

« Il n’y a pas de démocratie représentative sans consentement éclairé des Français aux décisions mises en œuvre par ceux qui les gouvernent, un consentement fondé en premier lieu sur l’examen de programmes concurrents dont chacun doit être à même d’apprécier les avantages et les inconvénients. » Sans connaissance économique, comment juger, comment accepter, comment choisir qui est le plus compétent ? On en vient à ne plus voir les similitudes des extrêmes, dans leurs analysent autant que dans leurs solutions.

Une société verrouillée

Il est impératif  de relever le niveau de culture économique pour faire face aux mutations indispensables. Elle permettra de lutter contre le corporatisme qui freine les vues d’ensemble, et qui engendre une bureaucratie envahissante et permet au capitalisme de connivence de prospérer. Ce fonctionnement est abusivement pris pour celui de l’économie de marché. Cette méconnaissance économique nous conduit à un monde frileux, plein de suspicion et bloque toute innovation. L’absence de connaissance laisse place à l’émotion et à la violence. Sans connaissance partagée, pas de co-construction. Difficile de devenir un acteur efficace quand on se laisse bercer par des sophismes, des procédés grossiers. Elever la culture économique du citoyen au gouvernant est plus qu’impératif. Car nos gouvernants, tout imbibés de la haute administration ne sont pas plus lucides. Notre puissante élite technocratique « se livrent à un concours Lépine permanent du nouvel impôt » paralysant tout politicien élu pour quelque programme que ce soit. (Note pas de l’auteur : imaginons ce que cela donne quand celui qui est élu sort de cette effroyable machinerie).

Cette inculture renforce les dénis, la dictature de l’émotion et la désinformation. Loin de la réalité, loin de la responsabilité … Tous les ingrédients sont là pour une culture du conflit et impose un immobilisme politique destructeur.

Une économie bridée

La France est à la traîne : productivité, croissance, chômage… Une société qui va bien est tournée vers l’innovation, l’épanouissement individuel conjuguant goût du défi et affirmation de soi. Ceci n’est pas possible sans une bonne dose de connaissances, notamment économique et par des échanges entre tous ceux qui savent des choses différentes. L’innovation ne peut s’épanouir sans connaître les réalités économiques. Le goût d’entreprendre, la prise de risque sont de réel moteur à l’innovation, de manière bien différente à ce que fait la science. En France, la prise de risque n’est pas valorisée tout comme la responsabilité individuelle. Pour innover, notre économie doit se transformer : le poids et la place de l’Etat doivent être revu permettant de penser à une baisse de la dépense publique qui changera de l’obsessionnel augmentation des impôts. L’action publique doit devenir efficace. Elle doit favoriser un contexte favorable à l’éclosion d’innovation et non choisir les entreprises à subventionner. Ces transformations ne peuvent se faire sans un accompagnement au changement qui a certes un coût, mais qui est indispensable. La concurrence est au service de l’innovation.

Partie III – Un carcan mental dont on peut s’échapper

Dix clichés sur le marché du travail et le chômage

Le marché du travail ne cesse de détruire les emplois (constat qui ne compte pas ceux qui sont créer et qui en plus, n’analyse pas les causes réelles de la destruction des emplois)

L’heure de la fin du travail a sonné (alors qu’il s’agit d’une incessante recomposition)

Le travail se partage (le volume d’heure de travail nécessaire étant très fluctuant, le partager n’est pas la solution qui permet le plus d’adaptabilité)

Le chômage est une fatalité (D’un pays à un autre, on constate que c’est l’organisation des marchés du travail qui rend ce chômage plus ou moins fatal)

Le numérique menace les emplois. Il faut taxer les robots (L’observation de se qui se passe ailleurs semble prouver le contraire)

Les chômeurs sont avant tout des victimes à indemniser (mais ceci ne doit pas faire oublier que l’objectif principal reste le retour à l’emploi)

Les immigrés prennent le travail des autochtones (les analyses démontrent que si l’économie est assez réactive pour rendre rapidement disponible le capital nécessaire, il y a seulement plus de personnes qui travaillent)

L’Etat assure la création et la sauvegarde des emplois (La surprotection des uns se fait au détriment d’autre? le cadre très contraint empêche au contraire la création  des emplois)

Contre le chômage, on a tout essayé (non, on a posé des rustines, on se focalise sur les CDI alors que l’attention doit se porter sur les CDD, et sur la réinsertion bien plus que sur l’indemnisation)

Les entreprises  licencient pour accroître leur valeur en bourse (C’est plutôt l’inverse qui se passe ; le licenciement laisse à penser que l’entreprise est en mauvaise posture  est tente ainsi peu les investisseurs).

Dix clichés sur les politiques publiques et les finances de l’Etat

Toute inégalité est une injustice que l’Etat doit corriger (Est-ce vraiment une injustice ? La mission réelle de l’Etat est de mettre les individus en capacité à exploiter toutes leurs ressources personnelles.)

En France, c’est l’Etat qui finance la protection sociale (Non, ce sont les organismes de protection sociale avec le fruit de nos cotisation.  L’Etat renfloue sans être maître. Il tente de reprendre la main en fiscalisant de plus en plus)

La France n’en fait pas assez en matière sociale (1/3 des revenus des ménages viennent de la redistribution. Protection plus forte en France qu’ailleurs. En pourtant, le système ne satisfait personne.)

L’Education nationale fonctionne mal par manque de moyens (Beaucoup de moyens mis à disposition pour creuser les inégalités. Ce n’est pas de moyens dont elle a besoin, mais de plus de liberté, de concurrence, d’innovation)

Dette et déficit public sont de faux problèmes (la dette sert principalement à couvrir des frais de fonctionnement et non à permettre l’accroissement de nouvelles richesses et elle est particulièrement inquiétant quand on analyse que les taux ne peuvent pas rester indéfiniment négatif)

La dette de l’Etat est artificielle (Ce n’est pas le cas justement parce que l’Etat ne monétisant pas librement sa dette ne joue pas avec l’inflation et l’hyperinflation)

L’Etat donne trop d’argent aux entreprises (C’est oublié que ce que l’Etat ne prend pas ne revient pas à donner alors que le vrai sujet est comment alléger le coût du travail en France)

L’Etat ne lutte pas contre la fraude (encore faut-il ne pas confondre fraude et optimisation fiscale et bien penser à inclure le travail au noir dans l’analyse de la fraude)

Les mieux lotis supportent peu d’impôts (IFI touchent aussi les petits qui ont choisi la pierre, une minorité de ménages payent l’impôt progressif sur le revenu, et l’équité fiscale est sujette à bien plus des ressentis que des faits avérés)

L’ultra libéralisme est responsable de tous nos maux (En 30 ans, augmentation des dépenses publiques, des effectifs de la fonction publique, des prélèvements obligatoires …)

Dix clichés  sur la situation et le fonctionnement de la maison France

La France est un pays prospère qui recèle des richesses considérables (Les études démontrent au contraire une croissance très médiocre, peu de compétitivité avec nos voisins)

Le pouvoir d’achat ne cesse de se détériorer (Ce n’est pas ce que disent les statistiques. Ce qui augmentent, ce sont les dépenses « pré-engagées ». Les hausses de taxes ont en effet diminué le pouvoir d’achat au 1er semestre 2018, mais la suppression de la taxe d’habitation et la baisse des cotisations sociale l’a fait augmenté au second semestre)

Le coût de la vie ne cesse d’augmenter (l’inflation n’a pas augmenté de plus de 2%)

Les statistiques officielles mentent (Le consommateur est plus sensible aux augmentations des biens achetés quotidiennement qu’à la vue d’ensemble incluant les biens d’équipement. L’indicateur Insse n’est qu’un point de repère dans un monde où figer les prix ne servirait en rien l’économie)

Il n’y a jamais eu autant d’inégalités dans notre pays (Ce n’est pas ce que démontrent les études)

La violence et le conflit sont les moteurs du progrès social (La loi contribue plus au progrès social. la violence aveugle ne construit rien de bon.)

Paris et les Métropoles pillent la province (C’est le contraire avec les mécanisme de redistribution)

La gratuité est un idéal qu’il faut promouvoir à chaque fois que c’est possible (« Si c’est gratuit, c’est le consommateur le produit », rien n’est gratuit, il y a toujours un payeur, même si certains espèrent ne pas l’être, ils savent bien qu’ils font payer les autres)

Nous vivons dans une société postindustrielle (rien ne le prouve au contraire et passer à côté de ce fait peut être dangereux)

Pendant les 30 glorieuses, nous vivions mieux (matériellement, ce n’est pas du tout démontré)

Dix clichés sur l’économie de marché et sur la sphère financière

Les riches n’ont pas d’utilité sociale (l’innovation ne se fait que sur un terreau où la prise de risque est valorisée)

La part des salaires dans la valeur ajoutée ne cesse de baisser (elle ne bouge plus)

Les inégalités de revenu disponible ne cesse de progresser (les 0,1% ont capté en effet plus de richesse. L’important et l’urgence est de rétablir l’égalité des chances,, avoir une protection adapter et défendre la concurrence)

Les banquiers, tous des voleurs (la finance est utile, l’Etat a un rôle à jouer face aux dérégulations mais un financement trop administré est nocif.)

Le sauvetage des banques en 2008 a ruiné les finances publiques (ce n’est pas le cas en France, en Europe, le contribuable a fait face. )

La Bourse est un casino qui ne sert pas l’économie réelle.(un mélange de vice et de vertu)

L’économie de marché produit de la misère (Les chiffres prouvent le contraire, quand l’accès au marché s’élargit)

Notre prospérité s’est bâtie sur le pillage des colonies (La colonisation serait plus une conséquence que la cause de l’industrialisation. Mais cette colonisation a induit une désindustrialisation des colonies et les Etats colonisateurs  ont en effet appauvri les colonies)

Les crises sont de plus en plus violentes (Les crises d’après 1929 ne l’ont pas été)

L’économie de marché est l’ennemie de l’écologie (Une solution : le prix unique du carbone)

Dix clichés sur l’Europe et la mondialisation

L’administration européenne est pléthorique (Ils sont plus nombreux à la Mairie de Paris – Beaucoup de normes, c’est oublier que la France les complique encore plus. )

La France donne beaucoup à L’Union européenne et en reçoit peu (ce n’est pas ce que disent les chiffres)

Si l’Europe est en crise, c’est la faute de l’Allemagne (C’est oublier que la France n’a pas su se réformer)

On peut très bien s’en sortir sans l’euro (risque de monnaie faible)

Les critères de Maastricht imposent l’austérité (C’est faux car les dépenses publiques n’ont cessé d’augmenter)

Le commerce international est un jeu à somme nulle (Ce n’est pas ce que prouve l’histoire)

La planète est de plus en plus inégalitaire ( Ce n’est pas ce que démontre les chiffres)

La mondialisation détruit nos emplois (il faut renforcer la capacité du marché à s’ajuster et non le démondialiser)

La mondialisation lamine nos classes moyennes (les causes sont plutôt a chercher en interne, donc les solutions aussi)

La mondialisation a aggravé la pauvreté dans le monde (les chiffres disent l’inverse)

Conclusion

Les mécanismes de marché sont les leviers du progrès, efficaces, pouvant répondre aux grands défis de l’humanité. L’économie est une science des choix rationnels à opérer dans un contexte social. Sans culture économique motivante, ces mécanismes se bloquent. Il nous faut apprendre à voir autrement, c’est indispensable pour renforcer la démocratie. Mieux éduquer à l’économie est une priorité, à tous les niveaux afin de retrouver la voie de la raison.

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Ce livre est très documenté. Chaque chose énoncée est argumentée. Je me savais nulle en économie, c’est confirmé et je sais maintenant pourquoi. Les idées reçues sont bien vues : elles reviennent sans cesse à nos oreilles. Les réponses apportées  ne me conviennent pas forcément, mais je sais qu’il est important de ne pas répéter ces idées reçues sans travailler le sujet. Arguments contre arguments et non opinions contre opinions. Travailler, seule solution pour n’être sous l’emprise d’aucun gourou.

LE VERBE CONTRE LA BARBARIE

Apprendre à nos enfants à vivre ensemble

Alain Bentolila – Editions Odile Jacob – 2016

Toujours aussi fan des écrits de Monsieur Bentolila, je vais essayer de vous résumer cet ouvrage en m’attachant au « respect que l’on doit au texte et à son auteur ».

Avant-propos

L’enfant, avant même d’en avoir conscience, comprend les finalités et mécanismes qui permettent à l’homme de « célébrer le projet de l’homme d’imposer par le verbe sa pensée au monde ». La langue est faite pour parler à tous et peut-être surtout à ceux que l’on n’aime pas. Parole et écriture ont le pouvoir de transformer le monde pacifiquement et l’incapacité de mettre en mots ses idées et ses sentiments conduisent inéluctablement à la violence.

Comment l’enfant en vient aux mots

La soif de savoir est immense chez le jeune enfant. Avant même d’énoncer, sa capacité de comprendre est activée. Elle se développe dans le « goût de l’autre ». Regard et geste sont au service du désir de communiquer. A travers le parent, véritable médiateur, il découvre « le monde à dire ». Puis il découvre le « bruit » des mots, tous ces sons, attachés à un sens. Plus son envie de nommer grandit, plus il articulera avec précision, par tâtonnement. A ce stade, être désireux de le comprendre tout en étant soucieux  de sa bonne acquisition des sons et mots est capital. En découvrant le sens des mots, il va pouvoir différencier ce qu’il nomme et ce qu’il voit. « … s’estompe le contour des objets concrets et s’ouvre l’univers des idéalités sémantiques », en affrontant l’arbitraire des mots.  Peu à peu, s’éloignant du geste et regard, le monde et ses interprétations s’élargissent. La syntaxe (mise ensemble de mots) arrive : là encore, un accompagnement attentif est indispensable à la réussite des acquisitions et pousse vers « la distance » et l’inconnu ».

« Ce défi, un enfant ne pourra pas le relever tout seul : il aura besoin de médiateurs qui lui rappelleront sans cesse qu’au jeu du langage, c’est l’étranger qui est son partenaire privilégié et l’étrange son sujet d’élection. »

Ce qui motive avant tout l’enfant qui apprend à parler, c’est la conviction de gagner « un peu de pouvoir sur le monde et sur les autres ». L’enfant va s’affirmer, va chercher à être compris et il faudra lui confirmer quand il est effectivement compris et surtout ne pas hésiter à l’informer quand il ne l’est pas car cela permet à l’enfant d’apprendre que la langue est importante pour communiquer avec un autre qui ne vit pas et ne pense pas ce qu’il vit et pense.

Ceci acquis, on va apprendre à lire. Et « en matière de lecture, il n’y a pas de mieux, il n’y a que du juste ». Il va falloir apprendre le respect au texte et l’intérêt de la lecture. Encore et toujours, les parents médiateurs jouent un rôle fondamental. La lecture et sa capacité  d’éveil sont un puissant moteur de construction de l’enfant. Et la grammaire dans tout cela : une simple « mise en scène » dans le jeu entre le sens d’un mot et sa fonction. L’organisation des phrases, le sens des mots y conduisent doucement mais efficacement. « Il faut créer très tôt cet amour des mots nouveaux, ce désir de la saveur lexicale singulière que l’on goûte parce qu’elle est singulière, parce qu’elle est rare, parce qu’elle nous vient d’un autre. »

Pour faire face à l’insécurité linguistique, les parents doivent être vigilants. « Etre parent, c’est être conscient que la maîtrise de la langue conditionne le destin scolaire et le destin social de ses enfants ; c’est prêter aux conditions de » son développement une attention sans faille faite d’autant de » tendresse que de fermeté. »

Quand l’école prend le relais

Notre société évolue. Il ne s’agit pas de juger cette évolution mais de constater ce qui n’a pas été mis en place pour favoriser cette évolution : l’enfant a perdu beaucoup de ses médiateurs : grands-parents moins présents, parents surchargés de travail. Il est poussé de plus en plus tôt à l’école. C’est à l’âge ou l’acquisition du langage se concrétise que l’enfant est poussé à l’école. Mais l’école n’a pas évolué et ne sait pas remplacer les médiateurs d’antan. « Nous devons donc avoir pour l’école maternelle française une grande ambition : elle doit réhabiliter au plan sémiologique et culturel une part importante des enfants qui lui sont confiés et changer ainsi pour beaucoup leur destin scolaire. » Il faut donc une structure adaptée (pas plus de huit enfants pas classe) et une formation appropriée donnée aux enseignants. Ceci a un coût, mais nous ne pouvons pas faire l’économie de cet investissement !

L’école fut longtemps un cadre très défini d’attendus et de codes. ce cadre n’est pas adapté à la large ouverture que l’école connait maintenant et les conséquences de ces changements non accompagnés sont la « constitution de ghettos scolaires, l’ouverture de voies cachées de relégation et la tolérance des couloirs honteux de l’illettrisme que traverse aujourd’hui notre école. »  Deux camps s’affrontent : ceux attachés au patrimoine littéraire,, persuadés que sa puissance et sa beauté forment adhésion, oubliant qu’une bonne partie de la population n’en a plus les moyens linguistiques. Et il y a ceux qui prônent une révolution culturelle, qui supprimerait l’école uniquement soucieuse de reproduction sociale mais oublierait d’enseigner le goût du beau et du vrai. Donc aujourd’hui, nous voici dans « la démocratisation du système scolaire » qui ne consiste en fait qu’à maintenir le plus grand nombre possible d’élèves, le plus longtemps possible  … Une école faite de mensonges et de promesses non tenues. Tout effort de transmission est bloqué par une faille linguistique et culturelle. Cette faille est d’autant plus infranchissable que la règle de tous les médias est la gloire du déballage intime. Pas de place à la pudeur scolaire. Commence alors un jeu de miroir effroyable entre celui qui fait l’effort de montrer ce qu’il est, un être qui en fait n’a pas sa place dans l’école. Tout l’enjeu : « réussir à construire une culture scolaire à la fois vivante et ambitieuse : celle qui ne les nie pas et qui ne se renie pas. » Ceci se joue très tôt, très vite, il faut familiariser l’enfant au texte. Et plus encore lui faire percevoir toutes les libertés que le textes offre. 

Apprendre à lire, c’est apprendre à capter les règles conventionnelles qui régissent le code écrit. L’identification des mots doit être précise et complète. Plus l’enfant aura de vocabulaire avant d’apprendre à lire, plus cet apprentissage sera facilité car le déchiffrage de mots inconnu fait appel à ce dictionnaire mental. C’est le rôle fondamental de la Maternelle : nourrir le stock lexical des enfants. La bataille de la lecture se gagne avec deux objectifs distincts : la découverte grapho-phonétique et la découverte des perspectives de la lecture maitrisée. Les deux objectifs ne sont pas toujours atteints en même temps et pas par tous au même rythme. Cette bataille ne se joue pas qu’en CP.  « L’avenir de lecteur et plus généralement, la réussite scolaire de bien des élèves dépendront donc de la capacité de notre école maternelle à poser les termes d’une relation plus lucide et plus confiante avec la langue orale et écrite. »

Une fois les mécanismes acquis, il reste à comprendre ce que l’on lit. Ceci se fait au troisième cycle et le collège conduit à la lecture adaptée à chaque discipline. 

Il est important de savoir respecter la langue maternelle. L’Histoire coloniale nous démontre les ravages subis par ceux qui ont été coincés entre une langue maternelle socialement marginalisée et une langue dominante » restée inaccessible à beaucoup ; un taux d’analphabétisme déplorable. « L’école doit mettre tout en œuvre pour distribuer de la façon la plus équitable le pouvoir linguistique ; celui qui permet de se défendre contre la tromperie, les mensonges et la propagande. » … « l’école est le lieu où l’on forme intellectuellement des enfants à affronter le vrai monde, on ne les y prépare pas à évoluer dans un décor folklorique de carton-pâte. »

Le cas du Maroc, où l’enfant parlant l’arabe dialectal se trouve propulser dans l’école de l’arabe classique, illustre ce qu’est l’insécurité linguistique généralisée ; les mots écrits n’ont rien à voir avec les mots utilisés à l’oral. Le problème est encore plus grand quand l’enfant parle berbère. « Disons-le clairement : lorsqu’un enfant arrive » aux portes de l’école, le devoir de cette école est de l’accueillir dans la langue qu’il parle et de lui apprendre à lire et à écrire dans la langue dont il possède la maîtrise. »

L’école a échoué. Elle n’a pas su allier le respect et l’exigence coincée entre ceux qui défendent une langue scolaire normée et immuable et ceux qui désirent l’égalité de toutes les langues. Bilan, les enfants sont perdus, n’ayant pas appris à se défendre intellectuellement, proie de n’importe quel gourou.

Le défi de l’école d’aujourd’hui : sortir les enfants silencieux de leur silence, qui n’a rien d’une maladie, par un accompagnement long et patient.

Quand les mots viennent à manquer

Dans le choix du parler juste, ou du parler beau, du pur et du pertinent, seul vaut l’ajustement pertinent des moyens dont nous disposons aux attentes d’un auditeur particulier et aux exigences d’une situation particulière.

Ne pas utiliser trop de mots, ni pas assez, ne pas les choisir trop flous…. Mais il faut aussi tenir compte de trois facteurs : l’information, la fréquence et le coût. Un mot trop fréquent perd du sens. Un mot s’use aussi, ou s’adapte (Ciné, Cinéma, Cinématographe). Un mot est d’autant plus lourd qu’il est précis. Toute la gamme permet le bonheur de jouer avec les mots, les effets recherchés. D’où l’intérêt du mot juste.

Force est de constater que nous avons laissé des ghetto se créer, où le langage est réduit, réducteur voir agressif faute d’être confronté à un univers plus large. Cette impuissance linguistique n’est en aucun cas le résultat d’un choix culturel ou communautaire : elle est la conséquence d’une exclusion et d’une marginalisation subies.

Faut-il craindre l’innovation ? Sans doute, si celle-ci n’est qu’une simplification flou de ce qui existe déjà. Un nouveau mot, mis à toutes les sauces (cool) perdant son pouvoir d’information. « Mots de la communion plutôt que mots de la communication. » 

Existe-t-il un trésor de la langue française sans cesse renouvelé et disponible pour tous ? Ceux qui maîtrisent les subtilités de la langue vont en effet « encanailler » de petites perles de banlieue sans vraiment enrichir leur langage.

C’est en effet le degré d’ambition sociale que l’on nous autorise qui règle notre envie et notre capacité de conquérir le verbe.

Il faut comprendre combien parler est une chance, une promesse  d’influence le monde pour avoir envie de parler. or, plus son mode est réduit, plus en sortir fait peur et moins on maîtrise le verbe. Moins on sort, plus on se cantonne au connu, moins le besoin de s’exprimer est utile. Le règne du flou, de l’imprécis s’installe. faisant perdre leur sens aux mots sans vraiment leur en donner de nouveau.

Pas question de mépriser ce langage « mais il n’est pas non plus question, au nom de je ne sais quel droit à la différence (ou à l’indifférence), d’ignorer qu’il prive ceux dont il est le seul instrument de parole d’exercer leur droit légitime de laisser sur les autres une trace singulière. »

La question est donc : comment transmettre ces outils linguistiques indispensables et sans lesquels on sombre dans la violence ? Car, si on ne parvient pas s’exprimer, se faire comprendre pour résoudre pacifiquement une question, on s’abandonne à la violence. Sans instruments permettant de prendre de recul, d’analyser, il devient facile de suivre n’importe quel faux prophète.

Il ne faut en aucun cas oublier l’exigence de la langue qui est de rassembler. Le verbe qui nous permet de réfléchir nous sauve de toute passivité, toute manipulation.

La culture du pré-dit, l’attrait du prévisible devenu élément principale de beaucoup de productions audiovisuelles tue le désir de découverte, le goût de la conquête.  Il ne s’agit plus de communication mais d’acceptation, ce qui est particulièrement dangereux. La même chose se produit dans le discours politique qui ferme progressivement les « portes de la critique. » Un discours construit sur la nominalisation(fabriquer un nom à partir d’un verbe), l’utilisation de la voie passive et l’exclusion des compléments circonstanciels. Ce discours souhaite vous couper toute envie de poser des questions ! Mais ce n’est pas une raison pour ne pas se rebeller et chercher à en savoir plus.

« Etre capable de vigilance et de résistance contre toutes les utilisations perverses d’un langage, être prêt à imposer ses propres discours et ses propres textes en accord avec sa juste pensée, voilà ce que l’on doit à un enfant si l’on veut qu’il contribue à donner à ce monde un sens honorable. »

Imposer son intelligence au monde

Grace au verbe, on va au delà du perçu, passant du « qu’est ce que c’est  » à « pourquoi les choses sont ce qu’elles sont ». Grâce à la grammaire, on accède à ne représentation globale cohérente. Elle lien les mots au gré de l’imagination sans fin des hommes.

« Toutes les langues du monde ont la même ambition : permettre à l’homme d’être l’interprète du monde et non d’en être le miroir fidèle. »

Les langues témoignent de l »a volonté de groupe d’hommes d’imposer au monde leur pensée spécifique. »  Mettre en mot, c’est penser, c’est ordonner, c’est analyser. A chaque étape, des moyens linguistiques de plus en plus élaborés.

Toutes les langues ont voulu  répondre aux ambitions des hommes qui voulaient comprendre le monde; elles ont toutes chercher à dépasser la simple perception, le visible, le présent ; et elle a toujours été transmise.

Nous nous devons de respecter le verbe, la langue. Ne pas la laisser aux usurpateurs qui pervertissent les discours. Pour cela, il faut refuser les affirmations radicales et les explications définitives. le « partout » et « toujours » ne doivent pas être dévoyés : ils doivent être prouvés.

Il faut pousse la langue au plus loin. Elle n’est pas faire pour celui qui nous aime et nous comprend si bien. Il ne faut jamais craindre de donner une ambition élevée à la parole.

« En bref, c’est en mettant la distance et la différence au cœur même de l’usage du verbe que l’on trouve le goût des mots nouveaux et rares, que l’on s’empare des structures moins fréquentes et par là, plus précises. »

Prendre la parole impose des droits et des devoirs. C’est laisser une trace dans l’intelligence de l’autre et ce n’est pas sans conséquence. C’est un échange car l’autre possède aussi ce pouvoir. C’est aussi une prise de risque car toute parole est soumise à interprétation et il faudra être mobiliser pour que cette interprétation soit au plus près de la pensée énoncée. Sans respect des droits intellectuels de chacun, la moindre frustration peut engendre la violence.

« Une langue ne se définit pas par la quantité de mots dont elle dispose, mais par sa capacité à imposer au monde l’intelligence de ceux qui la parlent, leur permettant ainsi de le comprendre et de le transformer. »

C’est bien le verbe, qui nous transformant de créatures en créateurs, qui est le propre de l’homme.

Le verbe et le sacré

Dans une lecture, le désir d’être compris de l’auteur est aussi grand que celui de comprendre du lecteur. Il s’agit d’un équilibre entre interprétation personnelle et prise en compte des conventions du texte.

Le danger est réel quand la langue, interdite de signification, n’est plus qu’un cri derrière lequel on se groupe. Priver la langue de son sens, qu’elle devient un ânonnement, c’est ouvrir la porte à l’obscurantisme.

Drôle de rapport que celui qui uni le verbe au sacré : sans le verbe, pas de révélation mais ce verbe se distingue rigoureusement du profane. De ce rapport ambiguë peut naître bien des dérives. Rien ne vaut, dans le domaine du sacré aussi , le questionnement et la recherche de son intime conviction.

« L’insulte faite au verbe rejoint alors l’insulte faite à la vie : le verbe dévoyé sert le geste meurtrier ; asservissement de l’intelligence et négation de la valeur de la vie ». 

« Etre humain, c’st refuser par l’usage contrôlé du verbe la fatalité de la haine et du meurtre ; être humain, c’est transmettre la vertu pacifique du verbe à nos enfants afin qu’ils aient une chance de bâtir un monde qui, mieux que le nôtre, saura résister à la tentative de la barbarie.

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En espérant que ce résumé soit fidèle et en précisant que bien que ce soit une aberration de la réduire à un somnifère car la lecture exige vigilance, je lirai à mes petits-enfants une histoire tous les soirs, comme je l’ai fait avec mes enfants car c’est une porte ouverte sur de jolis rêves…

LE VERDICT DU PLOMB

Michael CONNELLY – Editions Points – 2010

Je viens de passer trois nuits avec Matthew McConaughey, et parce que je mélange les Harry, il était accompagné de Clint Eastwood ! J’attends l’adaptation cinématographique, le casting est parfait, je vous l’assure !

Quand se croisent Harry Bosch, Mickey Haller et un peu trop fugitivement Jack McEvoy, forcément, on ne s’ennuie pas ! On entre dans l’enquête comme si on était l’avocat et jusqu’au bout on cherche qui tire les ficelles. Il a une façon de croquer ses personnages et ses lieux qu’on a l’impression d’y être.

Je n’en dis pas plus. Faut jamais trop en dire avec les polars, c’est un coup à se faire des ennemis.

Une impérieuse nécessité

Face à la puissance d’un si petit groupe, face à l’immobilisme d’un si grand groupe, que faire ?

Première réaction : rien, laisser filer, se retirer, se renfermer sur son périmètre. En effet, à quoi tout ceci sert ? Etre une si petite goutte d’eau dans cet océan ?

Deuxième réaction : tenter autre chose, parce que malgré tout, la foi en l’Homme est bien plus forte que tout.

Donc voilà, nouvelle expérience après une courte vie sur les réseaux sociaux : Bonjour à tous sur mon blog.

Il y aura : des billets d’humeur, des fiches de lecture, des partages de post appréciés ou qui interrogent, des recettes de cuisine (pourquoi pas ?) et puis, tout ce qui me passera pas la tête.

Principe premier, acte fondateur, cette présentation date de 2015.

Autre acte fondateur : éternel.