Fâché comme un français avec l’économie

Enquête sur un désamour qui nous coûte cher

Pierre ROBERT – Editions Larousse – 2019

Préface d’Olivier Babeau

Dans un monde où tout le monde se sent compétent pour disserter sur une multitude de sujets parce qu’ils font partie de son quotidien, le livre de Pierre Robert nous aide, avec pédagogie, à déceler les idées fausses et la méconnaissance économique qui ne n’empêchent cependant pas les français d’avoir des idées tranchées. « Les sophismes économiques les plus grossiers tiennent lieu d’argumentation ». D’où l’impérieuse nécessité d’être mieux formés.

Pourquoi cet essai

« Il est urgent de dépassionner les affrontements et de retrouver le sens du dialogue, de sortir d’une opposition stérile entre le camp du bien et l’axe du mal où chacun excommunie l’autre ».

Pour sortir des show-débats, il est important d’acquérir une culture économique commune qui ne gomme pas les différences mais permets les argumentations. Aujourd’hui, le baccalauréat n’est plus garant de ce savoir commun.

Les français, plus captivés par la quête de repousser les  « frontières du possible »  grâce à la politique, ont boudés « les contraintes et les choix rabat-joie » de l’économie et ce sont laissé séduire par la pensée marxiste. Politique et économie se réconcilient avec Keynes, pendant trois décennies pour se séparer à nouveau avec la mondialisation et un environnement anxiogène où les rôles de chacun ne sont plus connus.

Malheureux comme un économiste en France ? Si nos contemporains ont une fin moins rude que celles de leurs prédécesseurs, la position de l’économiste reste compliquée : « science ignorée ou conspuée. »

Partie I – Un rejet de l’économie né de profonds malentendus

Les français sont réfractaires à l’économie. Ceci ne veut pas dire qu’ils ne s’y intéressent pas. Au contraire : l’économie donne lieu à des spectacles permanents, très prisés. Mais tous les sondages, tous les tests le prouve : ils sont bien peu nombreux, quelque soit leur milieux, à maîtriser les ordres de grandeurs, les concepts, les mécanismes… Même nos élites, nos dirigeants, souffrent de ce manque de connaissance. Autant dire que la situation est préoccupante.

Leur vision de la concurrence et du marché est très négative. Ce désamour existe depuis longtemps. L’argent n’est pas une chose propre et l’Etat sait mieux que nous conduire ses choses là. Culturellement, nous sommes imprégnés d’une longue tradition illébérale, renforcés par quelques traumatismes historiques qui sont pourtant le fait la la main mise de l’Etat. Avec quelques idées clés bien martelées par nos intellectuels, comme : Ce que tu gagnes, je le perds, ou tout est la faute du système, la France voit l’économie sous un prisme déformant. Or, depuis la fin des 30 glorieuses, et avec le constats d’échec de l’URSS, il est grand temps de sortir de ce que Fernand Braudel appelait des « prisons de longue durée », à savoir, notre environnement culturel.

Leur culture économique souffre d’une transmission défaillante. Les programmes et les peu d’heures de cours du lycée ne forment pas les élèves. Ils les formatent par un discours culpabilisant, une méfiance sur les entreprises, une détestation du marché, une vue tronquée du coût du travail, et une idéologie fièrement étalée. Le petit nombre d’heures préfère se consacrer plus à la sociologie qu’à l’économie. Une fois entrés en université, ce n’est pas  mieux : passivité, pessimisme, lacunes analytiques enseignés par des professeurs dont beaucoup refusent les valeurs de l’entreprise et rejettent la logique du marché et du profit. Endoctrinement, surtout pas de neutralité ! La part faites aux statistiques et mathématiques poussent beaucoup à renoncer, alors cette approche est réductrice du champs de compétences nécessaires et utilisé par la suite. Et au dessus de tout cela, des médias avides de buzz, loin de toutes approches scientifiques. On oscille entre dérision et désinformation.

Partie II – Un désintérêt aux lourdes conséquences

Une démocratie menacée

« Il n’y a pas de démocratie représentative sans consentement éclairé des Français aux décisions mises en œuvre par ceux qui les gouvernent, un consentement fondé en premier lieu sur l’examen de programmes concurrents dont chacun doit être à même d’apprécier les avantages et les inconvénients. » Sans connaissance économique, comment juger, comment accepter, comment choisir qui est le plus compétent ? On en vient à ne plus voir les similitudes des extrêmes, dans leurs analysent autant que dans leurs solutions.

Une société verrouillée

Il est impératif  de relever le niveau de culture économique pour faire face aux mutations indispensables. Elle permettra de lutter contre le corporatisme qui freine les vues d’ensemble, et qui engendre une bureaucratie envahissante et permet au capitalisme de connivence de prospérer. Ce fonctionnement est abusivement pris pour celui de l’économie de marché. Cette méconnaissance économique nous conduit à un monde frileux, plein de suspicion et bloque toute innovation. L’absence de connaissance laisse place à l’émotion et à la violence. Sans connaissance partagée, pas de co-construction. Difficile de devenir un acteur efficace quand on se laisse bercer par des sophismes, des procédés grossiers. Elever la culture économique du citoyen au gouvernant est plus qu’impératif. Car nos gouvernants, tout imbibés de la haute administration ne sont pas plus lucides. Notre puissante élite technocratique « se livrent à un concours Lépine permanent du nouvel impôt » paralysant tout politicien élu pour quelque programme que ce soit. (Note pas de l’auteur : imaginons ce que cela donne quand celui qui est élu sort de cette effroyable machinerie).

Cette inculture renforce les dénis, la dictature de l’émotion et la désinformation. Loin de la réalité, loin de la responsabilité … Tous les ingrédients sont là pour une culture du conflit et impose un immobilisme politique destructeur.

Une économie bridée

La France est à la traîne : productivité, croissance, chômage… Une société qui va bien est tournée vers l’innovation, l’épanouissement individuel conjuguant goût du défi et affirmation de soi. Ceci n’est pas possible sans une bonne dose de connaissances, notamment économique et par des échanges entre tous ceux qui savent des choses différentes. L’innovation ne peut s’épanouir sans connaître les réalités économiques. Le goût d’entreprendre, la prise de risque sont de réel moteur à l’innovation, de manière bien différente à ce que fait la science. En France, la prise de risque n’est pas valorisée tout comme la responsabilité individuelle. Pour innover, notre économie doit se transformer : le poids et la place de l’Etat doivent être revu permettant de penser à une baisse de la dépense publique qui changera de l’obsessionnel augmentation des impôts. L’action publique doit devenir efficace. Elle doit favoriser un contexte favorable à l’éclosion d’innovation et non choisir les entreprises à subventionner. Ces transformations ne peuvent se faire sans un accompagnement au changement qui a certes un coût, mais qui est indispensable. La concurrence est au service de l’innovation.

Partie III – Un carcan mental dont on peut s’échapper

Dix clichés sur le marché du travail et le chômage

Le marché du travail ne cesse de détruire les emplois (constat qui ne compte pas ceux qui sont créer et qui en plus, n’analyse pas les causes réelles de la destruction des emplois)

L’heure de la fin du travail a sonné (alors qu’il s’agit d’une incessante recomposition)

Le travail se partage (le volume d’heure de travail nécessaire étant très fluctuant, le partager n’est pas la solution qui permet le plus d’adaptabilité)

Le chômage est une fatalité (D’un pays à un autre, on constate que c’est l’organisation des marchés du travail qui rend ce chômage plus ou moins fatal)

Le numérique menace les emplois. Il faut taxer les robots (L’observation de se qui se passe ailleurs semble prouver le contraire)

Les chômeurs sont avant tout des victimes à indemniser (mais ceci ne doit pas faire oublier que l’objectif principal reste le retour à l’emploi)

Les immigrés prennent le travail des autochtones (les analyses démontrent que si l’économie est assez réactive pour rendre rapidement disponible le capital nécessaire, il y a seulement plus de personnes qui travaillent)

L’Etat assure la création et la sauvegarde des emplois (La surprotection des uns se fait au détriment d’autre? le cadre très contraint empêche au contraire la création  des emplois)

Contre le chômage, on a tout essayé (non, on a posé des rustines, on se focalise sur les CDI alors que l’attention doit se porter sur les CDD, et sur la réinsertion bien plus que sur l’indemnisation)

Les entreprises  licencient pour accroître leur valeur en bourse (C’est plutôt l’inverse qui se passe ; le licenciement laisse à penser que l’entreprise est en mauvaise posture  est tente ainsi peu les investisseurs).

Dix clichés sur les politiques publiques et les finances de l’Etat

Toute inégalité est une injustice que l’Etat doit corriger (Est-ce vraiment une injustice ? La mission réelle de l’Etat est de mettre les individus en capacité à exploiter toutes leurs ressources personnelles.)

En France, c’est l’Etat qui finance la protection sociale (Non, ce sont les organismes de protection sociale avec le fruit de nos cotisation.  L’Etat renfloue sans être maître. Il tente de reprendre la main en fiscalisant de plus en plus)

La France n’en fait pas assez en matière sociale (1/3 des revenus des ménages viennent de la redistribution. Protection plus forte en France qu’ailleurs. En pourtant, le système ne satisfait personne.)

L’Education nationale fonctionne mal par manque de moyens (Beaucoup de moyens mis à disposition pour creuser les inégalités. Ce n’est pas de moyens dont elle a besoin, mais de plus de liberté, de concurrence, d’innovation)

Dette et déficit public sont de faux problèmes (la dette sert principalement à couvrir des frais de fonctionnement et non à permettre l’accroissement de nouvelles richesses et elle est particulièrement inquiétant quand on analyse que les taux ne peuvent pas rester indéfiniment négatif)

La dette de l’Etat est artificielle (Ce n’est pas le cas justement parce que l’Etat ne monétisant pas librement sa dette ne joue pas avec l’inflation et l’hyperinflation)

L’Etat donne trop d’argent aux entreprises (C’est oublié que ce que l’Etat ne prend pas ne revient pas à donner alors que le vrai sujet est comment alléger le coût du travail en France)

L’Etat ne lutte pas contre la fraude (encore faut-il ne pas confondre fraude et optimisation fiscale et bien penser à inclure le travail au noir dans l’analyse de la fraude)

Les mieux lotis supportent peu d’impôts (IFI touchent aussi les petits qui ont choisi la pierre, une minorité de ménages payent l’impôt progressif sur le revenu, et l’équité fiscale est sujette à bien plus des ressentis que des faits avérés)

L’ultra libéralisme est responsable de tous nos maux (En 30 ans, augmentation des dépenses publiques, des effectifs de la fonction publique, des prélèvements obligatoires …)

Dix clichés  sur la situation et le fonctionnement de la maison France

La France est un pays prospère qui recèle des richesses considérables (Les études démontrent au contraire une croissance très médiocre, peu de compétitivité avec nos voisins)

Le pouvoir d’achat ne cesse de se détériorer (Ce n’est pas ce que disent les statistiques. Ce qui augmentent, ce sont les dépenses « pré-engagées ». Les hausses de taxes ont en effet diminué le pouvoir d’achat au 1er semestre 2018, mais la suppression de la taxe d’habitation et la baisse des cotisations sociale l’a fait augmenté au second semestre)

Le coût de la vie ne cesse d’augmenter (l’inflation n’a pas augmenté de plus de 2%)

Les statistiques officielles mentent (Le consommateur est plus sensible aux augmentations des biens achetés quotidiennement qu’à la vue d’ensemble incluant les biens d’équipement. L’indicateur Insse n’est qu’un point de repère dans un monde où figer les prix ne servirait en rien l’économie)

Il n’y a jamais eu autant d’inégalités dans notre pays (Ce n’est pas ce que démontrent les études)

La violence et le conflit sont les moteurs du progrès social (La loi contribue plus au progrès social. la violence aveugle ne construit rien de bon.)

Paris et les Métropoles pillent la province (C’est le contraire avec les mécanisme de redistribution)

La gratuité est un idéal qu’il faut promouvoir à chaque fois que c’est possible (« Si c’est gratuit, c’est le consommateur le produit », rien n’est gratuit, il y a toujours un payeur, même si certains espèrent ne pas l’être, ils savent bien qu’ils font payer les autres)

Nous vivons dans une société postindustrielle (rien ne le prouve au contraire et passer à côté de ce fait peut être dangereux)

Pendant les 30 glorieuses, nous vivions mieux (matériellement, ce n’est pas du tout démontré)

Dix clichés sur l’économie de marché et sur la sphère financière

Les riches n’ont pas d’utilité sociale (l’innovation ne se fait que sur un terreau où la prise de risque est valorisée)

La part des salaires dans la valeur ajoutée ne cesse de baisser (elle ne bouge plus)

Les inégalités de revenu disponible ne cesse de progresser (les 0,1% ont capté en effet plus de richesse. L’important et l’urgence est de rétablir l’égalité des chances,, avoir une protection adapter et défendre la concurrence)

Les banquiers, tous des voleurs (la finance est utile, l’Etat a un rôle à jouer face aux dérégulations mais un financement trop administré est nocif.)

Le sauvetage des banques en 2008 a ruiné les finances publiques (ce n’est pas le cas en France, en Europe, le contribuable a fait face. )

La Bourse est un casino qui ne sert pas l’économie réelle.(un mélange de vice et de vertu)

L’économie de marché produit de la misère (Les chiffres prouvent le contraire, quand l’accès au marché s’élargit)

Notre prospérité s’est bâtie sur le pillage des colonies (La colonisation serait plus une conséquence que la cause de l’industrialisation. Mais cette colonisation a induit une désindustrialisation des colonies et les Etats colonisateurs  ont en effet appauvri les colonies)

Les crises sont de plus en plus violentes (Les crises d’après 1929 ne l’ont pas été)

L’économie de marché est l’ennemie de l’écologie (Une solution : le prix unique du carbone)

Dix clichés sur l’Europe et la mondialisation

L’administration européenne est pléthorique (Ils sont plus nombreux à la Mairie de Paris – Beaucoup de normes, c’est oublier que la France les complique encore plus. )

La France donne beaucoup à L’Union européenne et en reçoit peu (ce n’est pas ce que disent les chiffres)

Si l’Europe est en crise, c’est la faute de l’Allemagne (C’est oublier que la France n’a pas su se réformer)

On peut très bien s’en sortir sans l’euro (risque de monnaie faible)

Les critères de Maastricht imposent l’austérité (C’est faux car les dépenses publiques n’ont cessé d’augmenter)

Le commerce international est un jeu à somme nulle (Ce n’est pas ce que prouve l’histoire)

La planète est de plus en plus inégalitaire ( Ce n’est pas ce que démontre les chiffres)

La mondialisation détruit nos emplois (il faut renforcer la capacité du marché à s’ajuster et non le démondialiser)

La mondialisation lamine nos classes moyennes (les causes sont plutôt a chercher en interne, donc les solutions aussi)

La mondialisation a aggravé la pauvreté dans le monde (les chiffres disent l’inverse)

Conclusion

Les mécanismes de marché sont les leviers du progrès, efficaces, pouvant répondre aux grands défis de l’humanité. L’économie est une science des choix rationnels à opérer dans un contexte social. Sans culture économique motivante, ces mécanismes se bloquent. Il nous faut apprendre à voir autrement, c’est indispensable pour renforcer la démocratie. Mieux éduquer à l’économie est une priorité, à tous les niveaux afin de retrouver la voie de la raison.

****

Ce livre est très documenté. Chaque chose énoncée est argumentée. Je me savais nulle en économie, c’est confirmé et je sais maintenant pourquoi. Les idées reçues sont bien vues : elles reviennent sans cesse à nos oreilles. Les réponses apportées  ne me conviennent pas forcément, mais je sais qu’il est important de ne pas répéter ces idées reçues sans travailler le sujet. Arguments contre arguments et non opinions contre opinions. Travailler, seule solution pour n’être sous l’emprise d’aucun gourou.

Une réflexion au sujet de « Fâché comme un français avec l’économie »

Laisser un commentaire