LA DISPARITION DE PARIS

Didier Rykner – Les belles lettres – 2022

Merci à mon amie Nicole pour ce cadeau que je vais essayer de vous résumer .

Introduction

Gérer une ville n’est pas gérer un pays et une élection partisane fait oublier à quoi sert une mairie : assurer le bon fonctionnement de la ville. Cet oubli conduit à laisser une marge de manœuvre à la ville de Paris qui lui permet de détruire méthodiquement le patrimoine de la Ville, au prétexte de réinventer. 20 ans de règne d’Anne Hidalgo qui nous ébouillante comme des grenouilles. Mais aujourd’hui, cela se voit, grâce à la réunion de toutes les actions isolées. Le patrimoine est attaqué de toutes parts, se cachant derrière la grosse farce qu’est le budget participatif. En plus de détruire l’existant, la Mairie adore les tours et les terrains vagues bien éloignés des aspirations écologiques de Madame la Maire. 

Prologue

#SACCAGEPARIS, Le mot-dièse qui fait espérer.

Il prouve l’existence et le dynamisme des parisiens soucieux et investis dans leur Ville et il permet de s’organiser concrètement, sans leader avéré.

1 L’ESPACE PUBLIC DEGRADE

L’esthétique d’une ville réside aussi dans son entretien. 

Paris est sale

La Mairie en tient pour responsable les parisiens eux-mêmes.  Une stigmatisation qui aurait soulevé bien des tollés s’il ne s’était pas agi de pointer des Parisiens. C’est erroné. Statistiquement, effectivement, dans tout groupe, il y a des gens peu soucieux de l’espace public. Pourtant ces malpropres n’ont aucune incidence sur les espaces qui ne sont pas gérés par la Ville, aucune incidence non plus dans les villes autour de Paris. Autre excuse : ce saccage est ancien : Haussmann, déjà… Mais qui se souciait du patrimoine à cette époque ? Et la destruction était au profit d’une reconstruction dont nul ne nie le charme aujourd’hui. Les trente glorieuses ont apporté leur lot de massacres (Halles de Baltard) qui ont fait réagir Giscard et Mitterrand. Ils  ont instauré la protection du patrimoine, garantissant une croissance plus apaisée. Le saccage s’était particulièrement bien calmé. L’idée de tout remplacer est entièrement nouvelle. Autre argument : Paris a toujours été sale. Parole contre parole. Bataille de souvenirs. Mais quand bien même ce serait le cas, n’est-il pas logique de souhaiter un Paris qui ne soit pas une décharge publique. Alors oui, déplorons le mensonge de la Mairie : non, elle ne nettoie pas tous les trottoirs tous les jours.  Et si c’est déjà ce qu’elle fait, pourquoi donc veut-elle doubler le budget de cette action ? D’ailleurs, ces fameux moyens financiers n’arrivent pas jusqu’aux Mairies de quartier. Difficile de savoir quels sont les moyens dédiés par la Ville a cette tâche. Mais regardons les moyens que les parisiens y mettent : la taxe de balayage s’élève à 104 millions d’euros. (2016) Ce qui permet en principe un nettoyage journalier.  Outre la question mais où vont nos sous, se pose celle de l’organisation de cette structure ingouvernable. Les poubelles, subissant certes la lutte anti terroriste, sont de plus en plus horribles alors que ce n’est pas le cas dans d’autres villes. Ceci n’est pas sans lien avec l’invasion de rats et des oiseaux qui dépècent les poubelles.

Le mobilier urbain « réinventé »

« Une grammaire reconnaissable symbolisait Paris » : ce mobilier urbain qui couvraient tous les quartiers et créait une unité dans la traversée des siècles de la Ville. Mais il faut faire table rase du passé.  La Mairie dit les conserver mais ce n’est qu’en parti vrai : tout le mobilier en fonte vert est supprimé pour des modèles sans charme et vite détériorés. Quant aux bancs soit disant protégés … soit ils disparaissent, soit ils ne sont pas entretenus ! Et le banc offert par les parisiens a connu bien des péripéties pour sa restauration et n’était pas encore réinstallé en décembre 2021. Maintenant règnent dans les rues une multitude d’inventifs designs facilement détériorables et donc détériorés, donc les fameux bancs Mikado. Imagination débordante qui fait se moque du durable et du convivial ! Et du prix aussi : 19 000 euros pour un banc rafraichissant. Les kiosques à journaux sont devenus des blocs sans âme, les nouvelles colonnes Morris tournent sur elles mêmes et s’éclairent mais elles ont au moins gardé leur forme originales.  Les fontaines sont diversement repeintes et on fait preuve d’autant d’inventivité pour les nouvelles que pour les bancs.  On voit poindre du matériel de sport dans les rues à des endroits où ils ne sont pas utilisés et vite abimés. Avec les Uritrottoirs ou Naturinoirs, on atteint des sommets inégalés ! 

La publicité envahit la ville

Cet envahissement ancien a été régulé par la loi (LCAP) qui ne s’applique pas à Paris soumise au RLP, règlement local qui peut être plus dur que la loi mais l’est souvent beaucoup moins. Celui en vigueur actuellement date de 2011, la révision de 2017 n’ayant pas encore abouti. En l’état, la Ville autorise la publicité à peu près partout, au détriment des perspectives architecturales et même du passage des piétons sur les trottoirs. Paris se retrouve envahi, sans que cela n’émeuve personne et plus encore lors d’évènements sportifs où plus aucune règle n’est respectée.  Et pourtant, ce que la publicité rapporte à la Ville est dérisoire : 1% du budget.

Les travaux anarchiques

Pas d’organisation, pas de concertation entre les services entraînent un chantier permanent dans la ville. Faire et défaire, oh combien coûteux. Des trous partout, tout le temps. Mais tout va bien, Paris a lancé l’opération Embellir votre quartier, avec plate-forme et tout et tout ! Il manque juste un plan réaliste de l’exécution de ces travaux. Les chantiers prévus prennent un temps colossal qu’un jeu de sous-traitance contribue à compliquer. La Ville ne se sent pas concernée. Elle sacrifie aussi toute une technicité dans les réparations de la chaussée. Des métiers pourtant indispensables se perdent. La qualité des travaux s’en ressent. L’objectif est évidemment d’y aller à l’économie. Typiquement : la Ville est bloquée dès la moindre forte pluie, situation qu’elle ne connaissait pas à ce point et qui n’existe pas dans les autres villes. Les réparations de la chaussée sont vite et mal faites. La situation est dangereuse. Le rapport élaboré suite à la catastrophe de la rue Trévise dénonce une « absence de procédure formalisée pour les interventions courantes » ; « une traçabilité des opérations réalisée par les services de terrain à améliorer » et « un système d’information perfectibles. » A regarder l’application « Dans ma rue », on comprend que les SI sont bien plus que perfectibles. Dans certains services, ils en sont encore au tableur Excel. Tout ceci pouvant entrainer des traitements inadéquats, voir même des dommages importants…

L’envahissement par les tags

La Ville considère que ceux-ci sont de véritables trésors qu’il faut se garder de restreindre. Peu importe l’agressivité des peinture et matériaux de lavage qui effritent certains bâtiment. Le nettoyage de certains murs sont carrément dangereux (peinture pour recouvrir les tags et plâtre sur de la pierre, le long de la Seine) en plus d’être interdite sur des sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco.

II L’IMPOSTURE ECOLOGIQUE

« L’écologie est une question bien trop importante pour qu’on puisse laisser dire ou croire n’importe quoi ». Ce que la Maire de Paris ne manque pas de faire, constamment. Les actes le prouvent. Paris ne se verdit pas mais élimine les espaces verts existants et massacre les arbres.

L’affaire de la glycine de Montmartre

Le 17 mars 2021, cette glycine centenaire est coupée sans aucune raison donnée.  Il s’en est suivi des preuves tardives et surprenantes prouvant que la glycine était morte mais même dans ce cas qui n’a pas pas été confirmé par les témoins, le traitement n’a pas été le bon , selon les jardiniers : il n’aurait pas fallu l’arracher mais en planter une autre à son pied. Cette affaire a contribuer à la perte de confiance envers la Ville.

Ces arbres qu’on abat

Il existe des outils pour prouver que la Mairie nous raconte n’importe quoi : Google Maps et Google Earth en font partie. La plateforme de données ouvertes mise en ligne par Delanoë est tout autant utile. Twitter joue aussi un rôle actif. Les explications des abatages des arbres furent peu convaincantes : la crise sanitaire a retardé le planning d’abatage qui a ensuite accélérer le mouvement. Peu crédibles, mais faisons comme si. En revanche : il est clair que les arbres ne sont pas replantés. Ces mensonges sont clairement visibles. 

Ces arbres qu’on ne plante pas

Non seulement on en abat mais en plus, on ne plante pas ceux qui ont été promis. Ces mensonges là sont édifiants. Se cacher derrière la méthode Miyawaki est risible ou inquiétant. On nous promet 170 000 arbres. En attendant, on en a 1 138 de moins… Nul ne voit le 116,4 arbres qu’il faudrait planter par jour.

Ces arbres qu’on ne devrait pas planter

Il faut végétaliser la ville, installer des forêts urbaines, près de l’hôtel de ville, de la gare de Lyon, de l’Opéra Garnier, promesses trompeuses ou prématurées, ou les deux… Une abondance qu’il sera difficile à voir car le sol est déjà bien encombré et qu’il existe des règles architecturales. De plus, les lieux choisis ne sont pas ceux où il y aurait la place mais ceux qui ont été construit pour créer une atmosphère architecturale.  La bonne nouvelle est que pour y arriver : on comblera le parking souterrain privant ainsi encore les sales voitures d’espace.

Les permis de végétaliser

Le droit de mettre des fleurs sous les arbres, en pleine terre à la place du bitume ou dans des bacs collectifs, qui implique de s’en occuper après, est accordé fièrement par la Mairie. Ceci finit la plus part du temps en ZAD. La fin de la multitude de pots de fleurs est guère plus enviable. L’accroissement affiché des espaces verts est une véritable entourloupe que la consultation de la base de données démontre rapidement.  Et n’évoquons pas la fin des espaces verts des immeubles privés largement autorisée par la Mairie.

Les jardins historiques en souffrance

Le nombre de parcs et de jardins est bien moins élevé que dans pas mal d’autres villes. Mais en plus, ils sont de moins en moins bien entretenus, comme le révèlent  des fonctionnaires de la Ville et le journal Le Parisien. Buttes-Chaumont, Monceau protégés par les superbes barrières dont la ville a le secret…La transformation du lac de Daumesnil fut annulée non pas par la prise en compte de l’aberration écologique qu’elle représentait mais par les renards dont on ne savait pas se protéger.

Le champ-de-Mars

L’aménagement sécuritaire de la Tour Eiffel, si elle peut interroger sur son efficacité, réduit indubitablement l’espace librement accessible à tous du site. De l’autre côté, l’espace vert est dévoré par le palais éphémère dont on espère qu’il sera effectivement temporaire. Mais ce qui ne l’est pas, c’est le projet de ne faire qu’un seul site de l’espace compris entre les Invalides et le Trocadéro. Là où un bon entretien de cette composition urbaine classée au patrimoine mondial de l’Unesco aurait suffit, notre Maire s’arroge le droit et la compétence de tout modifier. Le projet est très approximatif. Peut-on dire trompeur ? Sans doute quand on voit ce que le projet prévoit de construction et bétonisation.

Les squares abandonnés

Plus entretenus, plus surveillés, envahis de désœuvrés divers, annexés pour en faire des lieux de prières, transformés en dépotoirs ou lieu de trafic…

Un autre jardin menacé : le square de l’archevéché.

La Mairie décide que les 50 millions qu’elle voulait donner pour la reconstruction de notre Dame seront investi dans ce jardin si parfait qu’on ne comprend pas pourquoi il faudrait le réinventer lui aussi. Bien que la consultation citoyenne ait très largement affirmé qu’elle souhaitait qu’on ne touche à rien, la municipalité semble bien décidé à en faire tout autrement.

III L’URBANISME

Paris s’est d’abord plus ou moins agrandi en s’étalant, puis Hausmann à démolit pour « assainir » et enfin, les tours ont envahi Paris dans les années 60-70. Depuis 2000, une nouvelle transformation autour de la circulation et la construction a commencé.

La guerre contre les voitures

On a rêvé d’aménagements cyclistes pratiques, sécurisés. On a un grand n’importe quoi qui effrait les spécialistes danois ! De sécurité, il n’est point question : augmentation de 100% de nombre de morts et de 35,1% le nombre d’accident. Le piéton lui aussi tremble. Les autobus ont pour leur part vu leur espace diminuer ce qui a réduit leur circulation. Sachant que c’est souvent le seul moyen pour les handicapés de se déplacer, cela laisse songeur. Fait à la va vite et sans réflexion, ces pistes n’ont pas fini de nous coûter cher. On n’a échappé à la folie Pompidouenne du tout pour la voiture. On n’a pas échappé à l’hidalgesque tout vélo. Pourtant Paris est aussi une capitale économique qui a besoin de voitures.  Ce besoin est occulté et la Mairie a décidé que pour tous ces véhicules, se sera l’enfer.  La place des voitures est au détriment d’espace vert, c’est une privatisation de la chaussée aux seuls possesseurs de voiture et en plus, le parisien n’a pas de voiture. Il faut végétaliser, c’est l’impératif du réchauffement climatique. Voici les arguments de la Ville pour justifier de sa politique qu’elle baptise d’urbanisation tactique. Urbanisation qui se passe d’étude et qui tent à faire du test temporaire une situation durable.  Avec un but précis : éliminer les voitures.

Les places parisiennes

Le Panthéon souffre d’un massacre facile à réparer. Ce n’est pas le cas de la place de la République. après avoir été laissé à l’abandon, elle a donné lieu à des travaux coûteux détruisant les anciens éléments architecturaux à la masse. Adieu squares, fontaines et pelouses. C’était sous l’erre Delanoë. Anne s’est occupé de la place Gambetta, de la place d’Italie … Même histoire. Quant à Nation et Bastille, elles sont devenues un enfer pour les bus qui peuvent y être longuement coincés.   Mais la Ville na pas fini de réinventer Paris.

Densifier la ville

La Ville veut se densifier sans respect pour ces espaces arborés pour sa physionomie. (Massacre de la rue Santos-Dumont, de la rue de Lorraine, de la rue Jenner, …). Un bétonnage bien surprenant pour une si grande écologiste qui mène une vraie déforestation urbaine. Par ailleurs, on surélève les construction en supprimant les toits si typique de Paris. Et pour quoi ? Sachant que Paris se dépeuple tant de ses habitants que de ses bureaux ?  Serait-ce pour des logements sociaux qui conforteront la base électorale d’Anne Hidalgo ? Si non ne peut pas surélevé, on rase l’existant et on reconstruit plus haut, sans ce soucier de son âge et de son cachet. 

Les tours contre Paris

Ces tours, les parisiens ont clairement dit qu’ils n’en voulaient pas. Les verts y sont également opposés. Le manque de recul d’une ville comme Paris relativise l’esthétisme des tours. Tout milite pour qu’elles ne soient pas construites. Mais elles le sont et seront, avec l’accord de ceux qui y étaient le plus farouchement opposés.

IV LE PATRIMOINE PARISIEN A LA DERIVE

La grande misère des églises de Paris

La Révolution a détruit, déplacé ou revendu tout un patrimoine de la Ville . La reconstruction qui s’en suivit à permis à la Ville un renouveau enrichissant.  La Ville de Paris est tenu d’entretenir ce patrimoine, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité. Ce qu’elle fait peu, mal et avec tellement de retard que cela devient dangereux.  On note une amélioration cependant.

Les serres d’Auteuil, un crime patrimonial

Ce jardin inscrits aux monuments historiques n’auront pas résisté à Anne Hidalgo, d’abord première adjointe puis Maire.  Mensonges, consultations parodiques, La Ville a massacré les serres et les offre à la Fédération Française de Tennis.

La piscine Molitor et le stade Jean-Bouin

Rasée, la piscine inscrite aux monuments historiques. Il n’y reste qu’une petite façade. Rasé le stade Art déco, Jean-Bouin. 

Les fontaines

Le nombre de fontaines dans un état pitoyable est impressionnant. Leur restauration et remise en eau est très lente. Beaucoup sont laissées à l’abandon ou disparaissent purement et simplement, dans le mépris le plus total de leur valeur. L’histoire des fontaines de la Chapelle est édifiante. Difficile de suivre ce que la Ville de Paris a fait ou pas. Elle ne le sait peut-être pas elle-même. 

Les musées

Les 12 musées municipaux sont plutôt bien gérés. Mais le budget acquisition va diminuant, laissant passer bien des oeuvres. Il faut souligner quand même la qualité des expositions et celle de la base de sonnées de ses collections.

V UNE POLITIQUE CONTRE LES PARISIENS

La ville est le reflet de la manière dont elle gère ses finances et ses habitants.

La propagande de la Mairie

Le service communication est pléthorique à Paris. Travestir les faits est la ligne de conduite. Le nombre de mensonges est éloquent. Raconter n’importe quoi est en fait la grande spécialité de la Maire de Paris.

Une dette abyssale

Une dette qui a augmenté de 84%…

La rue Trévise

Les rapports sont accablant pour la ville de Paris. A ce stade, compte tenu de la présomption d’innocence, on ne peut dire si elle est responsable ou pas. En revanche sa décision concernant les indemnisations n’est pas acceptable. « La Mairie tergiverse encore » (Le Parisien). L’inhumanité de la Ville n’est plus à démonter. Anne joue aux boules quand le Conseil de Paris doit donner son accord pour la première indemnisation.

Le budget participatif

Sous couvert de donner la parole aux parisiens, elle leur donne le droit d’un disposer d’un budget qui n’existe pasL’argent n’est pas là pour l’indispensable mais pour le futil , il apparait. La ville ose demandé son avis aux parisiens sur des projets qui relèvent de l’indispensable, en écarte d’autres, et on retrouve dans ce budget tout et n’importe quoi. 

VI UN PROGRAMME POUR PARIS

Le principe : une vision d’ensemble sur :

La propreté de Paris : tolérance zéro, nettoyage quotidien, changer les poubelles, éradiquer les rats

Les tags : tolérance zéro, respecter les surface, peines d’intérêt général pour les réparer.

Le mobilier urbain : recenser le mobilier historique, reprendre un modèle de colonne Morris plus ancien, repenser les kiosque à journaux, créer un centre de restauration du mobilier urbain

La publicité : un règlement local protecteur du patrimoine, refuser les complément publicitaire et réduire sa place

Les travaux de voirie : un plan global, une vraie coordination, responsabiliser les sous traitants, faire appel aux bonnes compétences

Les espaces verts : restaurer, entretenir, mettre plus de poubelles, créer des postes de gardiens

Les arbres : décréter un moratoire, supprimer les permis de végétaliser, replanter systématiquement, replanter de manière raisonnée

La circulation dans Paris : créer un vrai réseau cyclable, sans doublon, améliorer les transports en commun, entretenir la chaussée

Les terrasses temporaires : interdire les matériaux de récupération, refuser les toits et ce qui est pérenne, protéger le patrimoine, établir un règlement strict

Les places parisiennes : remettre en état, restaurer, diagnostiquer et avoir une réflexion globale

Les constructions : un PLU protecteur, arrêter les tours, ne pas se densifier sur des espaces verts, privilégier les réhabilitations

Les monuments historiques ; voir les urgence, abandonner le budget participatif pour le mettre dans la restauration, renforcer les équipes du patrimoine et sa protection, créer de nouveaux secteurs patrimoniaux

Les musées : leur donner plus de moyens

CONCLUSION 

Ce livre a été écrit par amour pour Paris et dans l’espoir que l’on puisse se battre contre sa disparition.

ADIEU LA LIBERTE

Adieu la Liberté

Mathieu SLAMA

Essai sur la société disciplinaire

Presse de la Cité – Janvier 2022

Résumé et commentaires (…)

Préambule – Quand tout s’écroule

Vers la fin du mois de Mars 2020, début du premier confirment commence la réflexion de l’auteur sur l’acceptation de la servitude et de l’arbitraire par toute la France. Cette acceptation l’inquiète et il éprouve le besoin de comprendre pourquoi, comment on en est arrivé là. Comment avons-nous pu accepter aussi docilement la perte de liberté et l’asservissement ? «  … si nous avions si facilement abandonné nos libertés, c’est que nous n’étions déjà plus libres ». Certes, l’Etat a joué son rôle dans cet enfermement mais c’est surtout les citoyens eux-mêmes qui l’ont permis, voire même souhaité ! Ils ont délibérément accepté de devenir « citoyens-détenus » oubliant que « les hommes naissent et demeurent libres » et ils furent prêts à faire de la Liberté « une variable d’ajustement. »

La société d’obéissance

 

« Jusqu’à nouvel ordre »

Ce fut une acceptation totale des ordres sans doute rendue possible par la sidération de tous. Mais une fois la sidération passée, la société dans son entier est obsédée par les gestes barrières et etc. Se met alors en place tout un vocabulaire, une mise en scène, à la sauce « nudge » parfaitement maîtrisée. Et l’inacceptable devient la norme à défendre à tout prix. Durablement, la Démocratie est attaquée : la Liberté sous condition, selon des règles technocratiques aberrantes, dans un Régime d’exception, selon le dictat du Conseil scientifique. Plus rien pour nous protéger de l’arbitraire. Rien. « L’état d’exception s’est aussi manifesté dans l’apparition d’un droit préventif pénalisant les intentions et non plus les actions. » « Le régime sanitaire fut le règne de l’arbitraire absolu. ». Si on s’en tient à la définition de Carl Schmitt, dès qu’il y a violation des droits fondamentaux inaliénables de l’homme, même avec le consentement de la majorité, il y a dictature. La Démocratie est devenue une marionnette, soumise et désarticulée, au service « d’une dictature disciplinaire » ne se préoccupant plus que des corps des hommes au mépris de l’une de ses valeurs fondamentales : la Liberté.

Une dictature citoyenne

Et si l’Etat n’avait pas imposé le confinement ? Les citoyens eux-mêmes se seraient contraints les uns les autres. L’action du gouvernement a été plébiscitée ! (Je me demande s’il n’y avait pas eu l’ordre gouvernemental, nous n’aurions pas garder le droit de nous interroger et de débattre, rendant l’adhésion au principe moins inévitable.) L’obéissance fut totale, de bout en bout. Du plus idiot au plus liberticide. Tout fut accepté d’un Etat qui n’avait pourtant pas hésité à nous mentir. Tout fut accepté, malgré, ou à cause des gilets jaunes. Et le citoyen est devenu citoyen policier que l’on félicitait pour son civisme ! On nous a construit l’image du citoyen responsable que l’on opposait à l’irresponsable et de l’encensement du premier on est passé au lynchage du second. Etienne de La Boétie a très bien décrit l’inclinaison du peuple pour son asservissement, la facilité avec laquelle il oublie jusqu’au goût de la liberté. L’une des premières raisons est l’habitude, et sa petite sœur, la lassitude. Et tout doucement, on glisse vers des pulsions délatrices, la mise ne place « d’une société de vigilance. ». Au lieu de se rebeller contre des mesures extrêmes, la population a préféré détruire celui qui ne voulait pas rentrer dans le rang, sans aucun besoin de corps intermédiaire, où l’Etat devient, selon Alexis de Tocqueville non pas un « tyran » mais un « tuteur », un « despotisme administratif » où le citoyen ne pense plus mais suit docilement les règles. Le mouvement des gilets jaunes témoignait d’un reste de vitalité démocratique. La façon dont il a été géré a contribué à étouffer cette vitalité. L’une des autres raisons de la servitude volontaire est la Peur. Tout au long de cette crise, elle a été soigneusement entretenue : « la psychologie comportementale a été utilisée comme une arme. » La peur est un moteur parfait pour une politique totalitaire. Elle est nourrie par le gouvernement mais aussi par les citoyens eux-mêmes, obstruant toutes nos capacités de jugement. Ceci ne peut pas être sans conséquence.

La République à visage couvert

Le masque est un vrai symbole du changement de régime et de civilisation. Mais pas que. Il isole. On entre dans un monde sans contact, à distance, déshumanisé, qui rejette. Et il n’a fait l’objet d’aucun débat. La société tout entière a commandé : il fallait le porter.

La trahison des clercs

Les élites politiques et intellectuelles ont été pitoyables. Personne pour s’élever contre l’arbitraire. La gauche s’est fait complice d’une politique disciplinaire. (C’est ce qu’elle a toujours fait, depuis que je la connais.) La droite a l’habitude de piétiner les libertés. « La solidarité, c’est l’affaire de la gauche depuis toujours ». (Mais rappelons qu’elle n’a pas le monopole du cœur.) C’est ce principe de solidarité qui a poussé la gauche à gérer la crise sanitaire comme l’aurait fait un pays communiste. « La crise sanitaire fut, d’une certaine manière, un moment capitalisto-communiste qui a réuni le pire des deux mondes : l’autoritarisme, la surveillance et la servitude. » Nul n’est venu s’opposer à l’idée de ségrégation sur des critères de santé biologique. Plus précisément, ceux qui se sont exprimés ont rapidement été noyés sous les accusations de complotisme. Abattre l’homme évite de discuter de ses idées. Les plus grands intellectuels de notre temps se sont engouffrés dans ce lynchage systématique, y compris parmi les plus grands anarchistes ! La porte était grandement ouverte pour la propagande, et il en était fini de tout esprit critique. Autrement dit, cette crise a été totalement dépolitisée alors même que la Démocratie était tout particulièrement attaquée. Jusqu’aux libéraux eux-mêmes qui défendait le passe comme une mesure de liberté ! Pas de liberté sans responsabilité. (En effet, cette crise m’a permis de voir tous ceux qui considéraient que la Liberté n’était pas pour tous, mais seulement pour ceux qu’ils ne considéraient pas comme des abrutis. Ils en ont oublié que leur responsabilité n’était pas sollicitée dans ce monde où il n’y avait plus la liberté de décider.) Et nous voici dans le modèle libéral décrit par Foucault comme « gestionnaire de la liberté » « c’est-à-dire organisant « les conditions auxquelles on peut être libre. » (Autant dire que la libérale que je suis a beaucoup pleuré et s’est sentie seule pendant cette crise…) Les intellectuels et les politiques sont passés à côté du fait que cet état d’urgence sanitaire était « la rencontre monstrueuse entre la toute-puissance technicienne et le biopouvoir disciplinaire. ». (Bienvenue dans le meilleur des mondes.)

Un nouveau clivage

Tout doucement, l’obéissance s’est essoufflée, tout en restant majoritaire. Mais la jeunesse a commencé à ressentir une immense injustice s’opposant au parti de l’ordre, âgé, pour qui « la sécurité est la première des libertés. » Dans le discours de Macron, les devoirs prennent le pas sur les droits, justifiant toutes repressions ainsi. « le pouvoir n’a aucun limite tant que le peuple se tient sage. » Le clivage-droite gauche n’existait déjà plus. Nous sommes entrés dans un monde sans débat. Pourtant, le rapport à la Liberté est essentiel dans les constructions des dynamiques politiques.

La fabrique de la servitude

 

La construction d’une épidémie

Voyons comment s’est construit l’épidémie (sans évidemment en nier l’existence). Grâce à une nouvelle grammaire : gestes barrières, distanciation, confinement, fêtes clandestines, attestations, distanciels, serrage de vis, responsables, ne relâchez pas vos efforts, …( prenez soin de vous.) Répétition incessante qui a conduit à une nouvelle normalité. « Notre enfermement a d’abord été mental. » L’utilisation du mot « Résilience » a été un piège : vivre en dépit de circonstances dramatiques. Ceci a donné un caractère inéluctable à la situation qui a annihilé notre réflexion. « Vulnérabilité » : la crise nous aurait rappelé notre vulnérabilité et nous aurait remplis d’humilité et de vertus pour retrouver un devenir commun. « Responsabilité » : On se devait être responsable mais dans un monde d’interdiction et de punition. Le responsable se devait d’être soumis totalement à l’Etat. Ces mots ont « moralisé le débat public. Ils l’ont dépolitisé ». Tout s’est passé comme si on vivait dans une secte dans laquelle tout n’était plus que mesure de freinage, vigilance à l’autodiscipline très contraignante. Le système a tenu car la population était fatiguée, prête à tout car on leur promettait la Liberté retrouvée. Tout fut accepté, comme un moindre mal, jusqu’au passe sanitaire inclus ! Et les opposants étaient les méchants qui retardaient le moment de la libération. Tout a été pris comme si nous n’avions pas le choix.

« Il faut savoir manager la population »

(J’ai toujours refusé d’être managée… On m’instruit, on me soutient, on me réprouve mais on ne me manage pas !) Pas de bol, ce fut la priorité du gouvernement !  Il fallait que la population accepte les mesures, non pas par l’argumentation, la démonstration mais par la manipulation, avec des équipes spécialisées en sciences comportementales. (D’où l’intérêt de ne pas être sous télévision et radio en permanence. Temps et frais qui auraient pu être bien mieux utilisés.) Le gouvernement a géré les citoyens comme une entreprise ses salariés : manager, donner le sentiment de … au lieu de fédérer par des actes et des convictions argumentées. Chaque citoyen a agi exactement comme on l’attendait de lui. Un régime qui manipule ne saurait être un régime démocratique. Du management paternaliste, Macron est passé au management positif, collectif et éthique, imposant un ordre moral dans lequel la population s’est enfermée. Pas de débat démocratique. Des injonctions et des mises au ban pour quiconque tentait une objection. Aucune contradiction autorisée : toutes sont forcément le fruit d’esprits extrémistes, égoïstes, irresponsables. Or il se posait bien une question fondamentale : « Doit-on privilégier les valeurs de la vie et de la santé, ou bien protéger nos libertés qui donnent à notre vie le sens qui lui manque autrement ? Quelle norme surplombe notre démocratie : la survie ou la liberté ? Doit-on décider de ce qui est bon pour les citoyens à leur place, ou doit-on au contraire leur faire confiance ? ». Point de questions ! Halte au complotisme ! Pourtant, la liberté d’expression devrait être protégée à tout prix ! Réduire l’opposition aux mesures à du simple complotisme est dangereux pour la Démocratie. Et s’est oublier un peu vite que les idées complotistes se nourrissent de manque d’exemplarité et de conflits d’intérêts régulièrement mis à jour par des journaux tout à fait sérieux. Management qui a parfaitement fonctionné vu la facilité avec laquelle le non vacciné est devenu le bouc émissaire.

La politique de la vie nue

La vie nue : celle qui n’est faite que de chair, que de biologie. Elle a pris le pas sur tout et le pouvoir scientifique et médical s’est saisi de toutes nos vies. Tout est devenu que santé à protéger quoiqu’il en coûte, à coup de calcul, d’arithmétique. La météo sanitaire décidait de la vie de notre démocratie. Sans que nous sachions quel seuil devait être atteint, nous étions rivés sur les courbes, vivant dans un état d’urgence permanent. La survie a pris le pas sur la vie. Folie de notre temps. Mort de l’homme politique, de l’homme social, donc de la démocratie. La médecine comme guide suprême. La science a manipulé le pouvoir. (Une certaine science, pas la Science.) « ils ont cru à la Loi du virus plutôt qu’à celle des hommes. L’épidémie décide de tout. » Ce fut respecté avec tout le respect que doivent les non sachants aux sachants. Ce fut respecté avec tout le respect que donne la peur de la mort. La médecine et la science ont gouverné en toute opacité, décidant de nos libertés les plus fondamentales, sans traductions raisonnables du politique qui a appliqué les consignes sans jouer son rôle de décideur, et sans diversité des courants de pensées sur un sujet qui ne faisait pas l’unanimité. 

Le pass disciplinaire

Une véritable catastrophe démocratique, ce pass ! Déchéance de citoyenneté pour les non vaccinés… Impossibilité de se faire soigner niant « l’idée même de consentement éclairé et, par voie de conséquence, l’idée de libre arbitre. ». Nous sommes en plein société policière, sans limite. « Le pass sanitaire implique que la liberté n’est plus un droit inaliénable mais une chose que le pouvoir accorde selon si on se comporte bien ou mal. » Un bien ou mal définis arbitrairement. Encore plus de discipline dans un monde ultra disciplinaire. (On a tout de même un sacré problème régalien actuellement. )« La liberté non pas fille de l’ordre, mais mère de l’ordre » Proudhon. (Joli ! ) Avec la crise sanitaire, on a vécu une véritable dérive autoritaire, baigné totalement dans une société de contrôle. Ce pass ouvre la voie pour distinguer le bon du mauvais citoyen, afin d’établir une société parfaite.

Les fabricants de servitude

La bureaucratie, jusqu’à l’absurde, jusqu’au grotesque ! Cette construction effroyable ne peut être sans conséquence pour l’avenir ! Cette bureaucratie (que nous payons) est devenue extrêmement intrusive et elle permettra les servitudes futures. (Et nous voici en 1984…)  Entre la biopolitique et la bureaucratie, quelle place aurons-nous ? Macron nous a précipité dans ce monde en ne faisant que suivre les règles du Conseil Scientifique. Et pourtant, peut-on parler d’efficacité ? N’y-a-t-il pas plutôt urgence à réformer l’Etat.( Je ne partage pas la conclusion 🙂 «  En affaiblissant l’Etat, en affaiblissant les services publics, en introduisant le poison du management dans toutes les strates de l’administration, nous avons creusé notre propre tombe. » (Sans doute est-ce car je sépare moins Bureaucratie et Etat que ne le fait l’auteur. Ensuite, je pense qu’affaiblir l’Etat permet de se reprendre en main. Attendre de l’Etat, c’est commencer à se mettre en état de servitude. Je dois à celui qui me donne. Je ne sais pas fonctionner autrement.)

D’où vient notre mal

 

Le problème du macronisme

En faisant de cette crise un moment apolitique, à coup de management, manipulation, Macron nous a conduit à notre perte. Mais notre docilité a bien contribué à cette perte ! Car tout a été fait en fonction de notre opinion ! Elle était capitale. En vue : les élections ! Le tour de passe passe fut de nous faire prendre de la propagande pour de la pédagogie. Avec l’idée sous-jacente que les citoyens est un élève à éduquer. Nous avons baigné dans une hystérie infantilisante. (Cette infantilisation est la marque de fabrique de tout bon socialiste. Ce qui confirmerait que Macron est bel et bien socialiste. ) « L’idéologie macroniste est l’appropriation par la classe managériale de l’espace politique et démocratique, la transposition au monde politiques des valeurs propres au monde de l’entreprise et du management. » (Pour moi, ceci n’est pas une idéologie, mais un mode de fonctionnement.) Pas d’intérêt général, que du pragmatisme et de l’efficacité. (Pour moi, si cela était le cas, ce ne serait pas un problème. Mais rien ne fonctionne et rien n’est pragmatique dans le monde qui nous entoure.) Macron se veut sachant recruter. (C’est raté. ) Il est indifférent aux principes démocratiques et libéraux, il  est un savant mélange de tactique, de cynisme et d’opportunisme. Il n’a pas de culture politique mais il adore le pouvoir des experts et des technocrates, sans n’avoir aucune vue sur les impacts de ses décisions. Tout est basé sur la dictature du mieux, de la rentabilité. (Ce qui ne serait pas une mauvaise chose s’il y avait une éthique, une vision, un souci des conséquences. Mais il est dans une immédiateté tellement éphémère que oui, cette gestion pose problème.) C’est son envie d’être réélu qui a guidé ses décisions et non le bien des français, réélu par ce monde technocratique, médical et apolitique.

« Prouvez votre vertu ou entrez dans les prisons »

Nous assistons à une dérive sécuritaire. Il faut quitter l’Assemblée si l’on conteste les décisions du gouvernement. On est gouverné à coup de lois d’exception. L’insécurité contribue au climat hostile à la liberté. (La Peur nous gouvernerait-elle ? ) La liberté d’expression est mise à mal avec les nouveaux concepts comme celui du discours de haine. (Le politiquement correct en devient presque gentil… ) Le pouvoir des GAFA, les agissements de wokes, des fondamentalistes islamistes font peser une chape de plomb idéologique sur la France. Au nom de la tolérance, nous sommes devenus extrêmement intolérants ! Etats autant que Sociétés ont leur part dans cet effritement de la liberté d’expression. Règne effroyable de la Cancel culture. Vivons dans les règles ou ne vivons pas ! Notre culpabilité légendaire nous a permis de sombrer dans un puritanisme hygiéniste qui a fait des médecins nos nouveaux prêtres, ou Dieu ? Le corps est devenu une obsession. Tout doit être toujours mieux. (Ceci n’est pas nouveau, c’est sans doute ce qui anime l’homme depuis la nuit des temps. Mais si ce mieux ne concerne que le corps, alors, ce n’est pas un mieux.) L’auteur en accuse le capitalisme, (mais je n’en suis pas convaincue. Pour moi, le capitalisme n’est pas une idéologie, c’est un mode de fonctionnement qui est d’ailleurs assez difficile à éviter. De plus, le culte du corps a été important en URSS.)

La tyrannie du management

Georges Bernanos : « Quand la société impose à l’homme des sacrifices supérieurs aux services qu’elle lui rend, on a le droit de dire qu’elle cesse d’être humaine, qu’elle n’est plus faite pour l’homme, mais contre l’homme. Dans ces conditions, s’il arrive qu’elle se maintienne, ce ne peut être qu’aux dépends des citoyens ou de leur liberté ! Imbéciles, ne voyez-vous pas que la civilisation des machines exige en effet de vous une discipline chaque jour plus stricte ? Elle l’exige au nom du Progrès, c’est-à-dire au nom d’une conception nouvelle de la vie, imposée aux esprits par son énorme machinerie de propagande et de publicité. » Cette crise a permis à certains de s’enrichir et les politiques considèrent qu’il y a toujours du bon pour eux à prendre dans une crise. Cette crise a prouvé que le capitalisme est aujourd’hui hégémonique.( Il y a de tous temps eu des gens pour s’enrichir sur les guerres et quid de la crise en Chine ? ) Le mal total vient de ce que le citoyen est un salarié qui ne sait vivre que sous mangement et en état de servitude. ( Je ne suis absolument pas d’accord. D’abord un contrat est bipartite et il s’agit bien d’un échange. Les ardeurs managériales sont déplorables effectivement dans bien des grandes entreprises, mais cela ne veut pas dire que les salariés s’y plient, même s’ils considèrent que les syndicats sont incapables de les aider, tout englués qu’ils sont eux-aussi dans les mêmes préceptes de management ! Ensuite, la société est constituée de tout un monde d’artisans qui échappent à ses nouvelles règles débiles et, je le souligne, pas appliquées partout dans les entreprises. Ensuite, il faut voir comment les jeunes salariés changent d’emploi pour comprendre que l’entreprise ne peut pas faire la loi et elle est bien déboussolée actuellement ne parvenant pas à trouver les nouveaux modes de fonctionnement. En revanche, je suis entièrement d’accord avec l’idée que ) les psychologues d’entreprise sont une vraie calamité et « qu’ils ont achevé de dépolitiser la question du management, évacuant ainsi la possibilité même du rapport de force. ». (Ils nous façonnent et nous vident de notre substance alors que l’enjeu réel du travail et la quête du sens dont la perte contribue ) « au processus de déshumanisation du travail déjà bien engagé.

La peur de la liberté ou l’idéologie du safe

La peur de la Liberté, c’est en nous même qu’il faut lutter. Les tentations totalitaires sont permanentes. Plus rien ne nous retient. La servitude est plus simple, car nous ne sommes plus responsables. Les styles de vie qui nous imposent le bien, le mal, nous libérant de toutes réflexions ont beaucoup séduit. L’exigence de sécurité n’est pas étrangère à cette acceptation de servitude. Le confort, avant tout, qui entraîne la haine de tout conflit. Mais elle conduit à la recherche du coupable et à la détestation de celui qui est différent. Vive le conformisme, vive l’ordre moral ! Saint Paul : Lorsque les hommes diront : « Paix et sécurité, alors une ruine soudaine les surprendra, et ils n’échapperont pas.

Epilogue – Retrouver la République

« La fin ne justifie jamais les moyens ». Qui veut d’ « une vie nue, muette et sans histoire, à la merci des calculs du pouvoirs et de la science. » ? Redonnons du pouvoir au Parlement, à notre gardien constitutionnel les moyens de dire le droit de manière indépendante, insufflons une nouvelle culture démocratique (RIC), redonnons la liberté à l’expression, renforçons les pouvoirs de la CNIL qui doit nous protéger, Intervenons au sein des entreprises qui nous managent si mal (oh nom surtout pas ! En plus la liberté ne peut pas s’acquérir avec plus de contrôle.) N’oublions pas qu’il n’y a jamais trop de libertés et évitons d’oublier combien elle est indispensable. Aucun ordre ne va de soi. (Pour moi, l’enjeu principal, l’absolue priorité : réapprendre: à penser, à travailler, à agir. Tous nos maux viennent de la perte de savoir, de la médiocrité qui nous envahit, des élites qui ne sont plus des élites et qui donc entrainent toute la Nation dans une profonde crétinerie.)

Une saison chez Levy – Anne Bormans – 2018

Petite pépite. L’écriture est pleine d’humour, rapide, directe. Un peu comme un film que serait tourné sur son téléphone, en direct, sans trucage et près de nous.

Le fond est fascinant, on entre d’abord  dans ce qui donne l’envie de devenir avocat, puis on comprend pourquoi ce métier est à part et souvent mal compris. Je repense à Nathalie Bayle dans L’Affaire SK1, même si je comprends bien qu’aucun acteur ne peut saisir la tension interne d’un avocat en plaidoirie. 

Sous fond de sourire, avec légèreté, on apprend beaucoup et on se voit obligé de se poser bien des questions. Je suis preneuse du texte sur la punition.

Merci Anne.

Sauver la liberté d’expression – Monique Canto-Sperber – Albin Michel – Mai 2021

Introduction 

« Qui pense finement et s’exprime avec grâce,

Fait tout passer car tout passe. » Jean de La Fontaine

Nous sommes dans un brouhaha inaudible et nous ne nous écoutons plus. « La liberté d’expression est donc prise en otage : d’un côté, elle sert à cautionner des propos abjects ; de l’autre, elle est contestée dans son principe par l’activisme de censeurs qui veulent faire la loi en matière d’expression publique – et ainsi privatiser à leur profit la définition des limites de la parole. » 

Des tribunes sont publiées pour protester contre cet état de fait, pour sauver la Liberté.  Cette liberté est précieuse pour faire un pas vers la vérité. Seule la confrontation d’arguments peut y mener. Mais cet idéal est-il partagé ? Et que faire quand la liberté d’expression conduit à la négation de la vérité et à un déferlement de haine ?

Le livre s’attache à la liberté d’expression dans les échanges humains, autrement dit sur la parole ordinaire, celle de la rue, des meetings, des spectacles, des journaux, des médias. 

D’UNE LIBERTE PARTICULIERE DE PARLER AU DROIT INDIFFERENCIE DE S’EXPRIMER

C’est à partir du XVIIe siècle qu’apparaissent le droit de s’exprimer, la tolérance des propos hostiles, et ceci dans un contexte théologique, sous fond de liberté de conscience.

En politique, la liberté de parole fut un combat d’abord indissociable de celui mené pour la liberté en général pour devenir à la fin du XVIIIe siècle, avec l’émergence des droits de l’homme et du citoyen, un principe à part entière, véritable valeur démocratique. L’universalisation de la notion de liberté a conduit au droit de parler. Et la liberté d’expression est devenu un tout social, politique et religieux.

POURQUOI LIMITER LA LIBERTE D’EXPRESSION  ?

Si la parole sert la vérité, elle sert aussi à tromper. Les Etats se sont dotés d’arsenal législatif pour lutter contre certains discours haineux ou dangereux pour autrui. La bataille pour ou contre la liberté d’expression s’inscrit dans ce paradoxe de liberté limitée.

LA PAROLE DECHAINEE ET LA PRIVATISATION DE LA CENSURE

Une population éduquée, aux codes d’expression communs et une autorité unique pour fixer les limites, voici un terrain propice à la liberté d’expression. Aujourd’hui, l’autorité judiciaire règle la liberté d’expression. mais il n’est plus le seul à revendiquer le droit d’en fixer les règles. Et les pressions sont fortes. … l’autocensure semble souvent la meilleure des protections.

LE DILEMME DE LA LIBERTE D’EXPRESSION

Le choix de laisser faire ne conduit pas à éroder les abus. Mais le choix de légiférer toujours plus est aussi sans issue.

« Vous étiez parti des abus de la liberté, je vous retrouve sous les pieds d’un despote. » Tocqueville

POUR EN FINIR AVEC LA LIBERTE D’EXPRESSION

Un message sur le web n’est plus seulement un moyen d’exprimer ses opinions, c’est aussi une stratégie pour créer des tribus accrochées à leurs certitudes.

Le livre présentera l’évolution de la liberté d’expression, notamment dans les universités, expliquera combien la liberté d’expression est précieuse et dangereuse, montrera le conformisme de la pensée et proposera une réflexion pour rendre sa puissance à la liberté d’expression : le droit de réponse, la parole laissée aux autres, lutter contre la haine verbale grâce au verbe et toutes ses formes, humoristique, argumentée, distanciée, …

1. Liberté d’expression ou contrôle de la parole : les campus dans la tourmente

L’évolution dans les universités permet une observation idéale de l’évolution de la liberté d’expression. L’action des militants, les pressions des associations y sont clairement visibles, que ce soit aux Etats-Unis, avec sa liberté d’expression du Premier amendement, qu’en France avec ses lois contre certains usages de la langue.

L’ENJEU DOMINANT : L’ACCES A LA PAROLE

Depuis 1960, ce que l’on sait de répréhensif de quelqu’un l’empêche de prendre la parole dans les universités : il n’est pas invité.  Aujourd’hui, les « désinvitation », avec  leur caractère systématique et militant, transforme le contrôle préventif de l’époque en une véritable arme dans la stratégie du contrôle de la parole.

On entre dans un système où il n’est plus attendu de débattre des idées mais où il faut à tout prix instiller un soupçon d’horreur pour empêcher celui qui ne pense pas comme il faut de parler. Peu importe ce qu’il dit, il est en soi condamnable, non pas par la justice, mais par un groupe qui a décidé qu’il l’était. L’échange d’argument et de contradiction ne sont plus autorisés en Université.

LIBERTE D’EXPRESSION ET IDEAL UNIVERSITAIRE

L’Université moderne du début du XIXème, en Prusse, faisait de la liberté d’expression, de la force de la controverse, l’obligation de défendre son opinion pour tous, un idéal qui a été repris dans le monde entier. Le vrai défi universitaire : en dehors de toutes origines, le droit, l’obligation d’argumenter sur tous les propos possibles, même les plus transgressifs.

Les universités se sont ouvertes mais le droit d’expression s’est réduit.

QUOTAS ET RECONNAISSANCE VERSUS INTEGRATION ET INVISIBILITE

L’ouverture des universités a modifié la population étudiante mais l’adhésion aux pratiques et règles communes propres  à la vie universitaire restait toujours aussi forte.

Cette adhésion donnait l’impression d’invisibilité alors que montait le désir d’affirmer son identité propre, dans un contexte de réelles inégalités. L’ambition de l’université d’effacer les différences ne fut plus vue comme une garantie d’égalité, mais comme le déni d’un passé de domination. L’université revendiquant un rôle actif dans la société en a perdu sa liberté d’expression et n’est plus un « ilot de liberté intellectuelle » (Saul Bellow) mais un lieu de revendications identitaires.

LES DIVERSES FORMES DU MAL

L’université n’est plus le lieu de curiosité pour autrui mais celui où doit être supprimé de tout sujet d’offense.

Le « mal fait à autrui » doit reposer sur des données objectives et constitue la seule limite à la liberté d’expression (John Stuart Mill). Si la sensibilité d’autrui rentre dans le jugement, il n’y a plus de limite dans l’agression ressentie.  Et aujourd’hui : la sensibilité, les réactions émotionnelles des étudiants – réactions censées détecter tout motif d’offense présent dans le langage – sont devenues des données si décisives de la vie universitaire américaine que certaines universités ont rendu obligatoires pour leurs professeurs des formations à la sensibilité en matière d’atteintes racistes et sexistes.

LES STRATEGIES DE PROTECTION

Pour éviter le « mal fait à la dignité » , on évite certains sujets, on alerte au préalable, on leur permet de « reprendre leur souffle » et on instaure des lieux sûrs. Mais comment faire la différence entre « le mal intellectuel » et « le mal fait à la dignité » ?

Le libre débat est devenu impossible en université ; il faut avant tout faire taire. L’exigence de protéger est devenue prioritaire. Ce qui complique l’action d’évaluer les travaux des étudiants qui ne doivent pas se sentir offensés.

PROTECTION OU SECESSION  ?

Pour se sentir protéger, on exige d’être séparé. Pour se sentir reconnu, on exige la contrition de tous, face à une accusation qui prend la forme du péché originel. L’autre est forcément un danger dont on doit se séparer.

Les ponts entre cultures différentes sont désormais fermés au monde intellectuel universitaire sous peine de lapidation pour appropriation culturelle scandaleuse.

NOUVELLE CENSURE ET DELATION

La censure aujourd’hui pratiquée dans le monde universitaire se nourrit du soupçon. Il s’agit de dénier le droit de parler à un ensemble d’individus afin d’anéantir toute possibilité de dialogue.

Quand cet ensemble d’individus sera capable d’affirmer qu’il a lui aussi besoin de safe place, alors la fragmentation sera achevée.

DE L’UNIVERSITE A LA SOCIETE

La garantie d’accès à la parole et liberté des propos propre à la vie universitaire ne sont plus assurés avec la pratique du soupçon généralisé.

Le militantisme conduit à une véritable tyrannie incompatible avec le travail de l’intelligence.

LES LECONS DE L’UNIVERSITE

Le « tort objectif fait à autrui » doit être précisé dans le cadre de la parole.

Il faut réfléchir aux liens entre usages dominants du langage et normes communes.

Les codes de civilité ne sont plus efficaces.

La réalité de parole au sein de l’université ne reflète plus le droit de parler et l’accès à la parole.

Ce que nous enseigne aussi les universités, c’est la nécessité de lutter pour que reste la transgression qui stimule l’intelligence collective.

Se joue sous nos yeux un combat de légitimité. l’université est devenue une sorte de prise de guerre.

Comment éviter que l’expression libre ait pour effet d’empêcher les autres de parler ? Comment laisser s’exprimer tous les points de vue, même s’ils ont trait à l’inégalité des races, des sexes, aux vertus de violence, etc., sans pratiquer la censure préalable des propos ? Comment éviter que la parole publique en société ne soit condamnée à se déployer sur un terrain miné où l’on s’aventure à ses risques et périls, la moindre erreur de langage exposant son auteur à une stigmatisation sans appel ? Comment résister ?

2. Pourquoi donner tant de prix à la liberté d’expression ?

Tout le monde s’accorde pour interdire de dire certaines choses, pour protéger les personnes et préserver les valeurs communes. Ceci n’empêche pas que la conversation puisse continuer.

FAITS PREOCCUPANTS ET CONCEPTS INCERTAINS

L’appréciation d’injurieux est plutôt floue et les limites de l’expression tendent à échapper à la justice sous la pression d’associations.

« Aucune loi ne pourra jamais faire la liste de tout ce qui est abject dans l’infini variété des propos, surtout lorsqu’ils sont prononcés de façon allusive. »

Difficulté de définir les concepts, difficulté de définir le cadre moral, entre le dommage avéré et celui ressenti, ceci complique le rôle et l’action de la justice.

UN PARADOXE IRREDUCTIBLE

Entre expression publique et privée, entre création intellectuelle et discours public, la liberté d’expression navigue sur un fil, devant à la fois permettre l’expression d’opinions dissidentes tout en sanctionnant les abus de langage.

Ce qui fut transgressif ne l’est plus aujourd’hui. Les raisons des discours sont bien à la fois la recherche d’approbation mais aussi de contradiction. Les règles du discours usent de tous les moyens pour influencer. Tout ceci nourrit le paradoxe.

POURQUOI LA LIBERTE DE PARLER

Rien n’échappe à la discussion. C’est un principe indispensable à la liberté d’expression que soulignait John Stuart Mill.

QUE LA CONVERSATION CONTINUE : LA LIBERTE D’EXPRESSION EN SOCIETE

La liberté d’expression : « Elle est la certitude que nous continuerons à nous parler et à nous surprendre. Elle n’est pas une valeur, mais une capacité donnée à chacun de nous, qui se trouve au fondement de la vie personnelle comme la vie sociale et politique ». 

De plus en plus, dans la presse américaine, les colonnes dédiées à la liberté d’opinion ferment leur porte aux opinions qui ne plaisent pas à leurs lecteurs ou qui pourraient faire trop de vagues.

Réduire la variété des opinions est « un vol fait  à l’humanité » (Mill). Sans diversité, les constructions de soi-même sont beaucoup moins intenses. De plus, cela conduit à une « balkanisation » des idées et au risque de perdre l’ardeur de « penser contre ».

L’exemple britannique où la liberté d’expression a permis d’aboutir à la fin de la traite des esclaves, malgré l’enjeu économique est riche d’enseignements. La décision a fait consensus, à force d’arguments et contre arguments.

Mais doit-on en permanence remettre en débat nos valeurs morales ? doit-on en permanence accepter de se confronter au « diable » ?

La construction de la vérité ne peut passer par une affirmation définitive d’une des parties. Elle est le fruit de réfutations successives, d’essais, d’erreurs … et on ne peut l’atteindre si on ne va pas au fond de choses pour voir pourquoi on considère détenir la vérité. Sans débat, aucune certitude possible.

Donner à chacun la conviction qu’il a une voix est l’un des effets les plus exaltants de la liberté d’expression : qui fait entendre sa voix devient partie au débat mais reconnaît aussi, de ce fait, à son interlocuteur un droit semblable à la parole, en particulier celui de répliquer et de débattre.

LIBERTE D’EXPRESSION POLITIQUE, CONDITION DE LA DEMOCRATIE. UNE LIBERTE NOUVELLE SOUS UN NOM ANCIEN

Athènes, déjà,  défendait le droit à la parole politique. L’expression du peuple est jugée  indispensable dans toutes démocraties naissantes. A l’époque, le courage de la parole est un devoir civique.

Zola, Ferrat et les historiens qui étudièrent et révélèrent les faits du 17 octobre 1961, grâce à leur liberté de parole, et confiants en la justice, ont permis de corriger les abus du pouvoir.

Chateaubriand rappelle que les historiens finissent toujours par l’emporter sur les tyrans…

La liberté d’expression est la première cible d’un régime totalitaire. Elle ne sert pas exclusivement à critiquer le pouvoir, mais aussi à permettre aux citoyens de contribuer à la vie collective, vrai bien public. C’est un élément indispensable, le droit d’être contre, pour adhérer aux normes collectives.

Les réseaux sociaux permettent une horizontalité de la parole : les citoyens parlent à tous autant qu’au pouvoir, donnant un sens concret à l’expression « la voix du peuple ».

LA VALEUR INESTIMABLE DE LA LIBERTE DE CONSCIENCE

Il est, dans certaines circonstances, devenu difficile de défendre ce qu’on peut considérer comme les équivalents modernes de la liberté de conscience, c’est-à-dire la liberté de juger soi-même et de dire ce qu’on est, au lieu que le jugement des autres décide.

Liberté d’informer peut attaquer la vie privée, pourtant inviolable, et peut exiger de rendre des comptes quand il n’y a pas lieu. Les réseaux sociaux jouent dans la propagation du dommage un rôle considérable.

On impose de dire ce que l’on est, au détriment du droit à la vie privée et souvent réduisant l’humain à une seule caractéristique. Le non respect de la vie privée conduit à tous les abus, sortant tous propos de leur contexte et poussant jusqu’à l’interprétation, la supposition de pensées ou d’actes qui n’existent pas.

DES LIBERTES DE RUPTURE, DE PRINCIPES, INCONDITIONNEES

La liberté d’expression, au sens où nous l’entendons aujourd’hui, est-elle encore praticable ? Comment en sommes-nous venus à attribuer à la liberté d’expression une forme d’inconditionnalité qui ne valait à l’origine  que pour la liberté de conscience ? L’origine des concepts de liberté de parole et de tolérance permettra de répondre en partie à ces questions.

3. Une brève histoire du droit de tout dire

La liberté d’expression n’a d’abord était autorisée que pour parler de conscience religieuse. L’émancipation de la liberté d’opinion fut progressive et s’est accompagnée de la justification éthique de la tolérance.

LA RELIGION : UNE AFFAIRE DE CONSCIENCE OU DE PRATIQUE ?

La religion n’était pas pensée comme une croyance mais comme un fait qui engageait autant le vivant que le mort.

La religion des infidèles et la pénible concession

La coexistence de religion a questionné le christianisme. On parlait d’infidèles pour qui la vérité ne s’était pas révélée et on les appréhendait comme un groupe à part, qui vivait autrement, plus qu’il ne pensait autrement. La tolérance dont il bénéficiait était à géométrie très variable, en fonction des besoins et des moyens, évolutive en fonction des rapports de force. Par tolérance, on doit plutôt comprendre permission toute relative et absence (momentanée) de persécution.

L’HERESIE CHRETIENNE

La Réforme est un moment clé dans l’histoire de la tolérance. Les hérétiques refusent un système qu’ils connaissent. Il affrontent consciemment une vérité établie. Le combat s’est déplacé d’une lutte contre un groupe différent considéré comme mal informé vers la conscience d’individu sachant. Il fallait gagner et soumettre les consciences dissidentes. Au prix de moultes violences.

LA CONSCIENCE RELIGIEUSE

« A qui appartient la conscience du  chrétien ? N’appartient-elle qu’à Dieu ? »

La naissance de la notion de conscience souveraine

La voix intérieure qui nous pousse à agir ou non, est reconnu depuis l’Antiquité et objet d’interrogation depuis toujours. Comment gérer cette conscience, à partir du moment où elle conduit aux hérésies ?

« Adhérer à une croyance déviante rendait l’homme responsable de sa faute »  et en même temps « la conscience pécheresse aurait commis un péché en résistant à l’obligation d’exprimer sa conviction. »

Conscience individuelle ou conscience privatisée ?

Reconnaître la part active de la conscience, le chrétien décidant de croire, est une vraie révolution. Cette prise de conscience, ouverture sur la tolérance, s’accompagne de la crainte de voir naître le fanatisme.

DU DEVOIR D’INTOLERANCE A L’OBLIGATION DE TOLERER

Peu à peu, à la fin du XVIIème, le politique, les pouvoirs civiques décident de prendra la main sur la gestion des modes d’expression des croyances.

L’intolérance morale

Elle fut d’abord une obligation absolue : faire rentrer toutes les brebis égarées.

La croyance religieuse et la paix civile : Locke et la question des « indifférents »

John Locke témoigne de la volonté de mettre un terme à la fois aux pensées hérétiques et mettre un terme aux guerres des croyances. Il conduit à réfléchir à une construction religieuse faite d’actes privés et d’actes publics qu’il différencie. Il introduit aussi l’idée que certaines pratiques qui ne gênent personne en soi génèrent quand même un sentiment d’agression, de remise en cause, chez certains. Les pouvoirs publics vont marcher sur un fil entre » les citoyens frustrés dans leurs scrupules de conscience , tandis que d’autres y verraient une tolérance excessive. » Propos Ô combien moderne.

La tolérance justifiée par les conséquences. La Lettre sur la tolérance (1689)

Si la liberté de conscience menace la paix publique, le magistrat se doit d’agir. Mais pour Locke, et sa vie au Pays Bas, pays de tolérance religieuse, les bienfaits de la tolérance pour la société sont une évidence, dans tous les domaines. Ses considérations sont d’ordre pratique et non moral.

L’intolérance est dangereuse et inefficace :

  • il existe autant d’intolérances que d’individus,
  • elle empêche l’homme d’agir devant se contraindre à ce qui est dicté,
  • elle ne produit que des hypocrites.

les buts civils et l’Eglise privée

L’Etat doit protéger les citoyens : la vie, la liberté, l’intégrité du corps et l’évitement de la douleur.  L’Eglise devient un choix, celui de l’homme soucieux de son salut, en fonction de ses passions plus que de sa raison. L’Etat doit permettre à chacun de vivre et croire comme bon lui semble.

Le christianisme minimal

Pour John Locke, cette tolérance impose quand même à tous de croire en un Dieu, et d’adhérer aux principes moraux qui en découlent. Les spécificités religieuses n’entrent pas dans le domaine de compétence du magistrat. Il souligne les préoccupations très politiques des catholiques. Les athées quant à eux, sont incapables d’avoir les valeurs morales nécessaires à la construction sociale.

Pluralisme religieux et caractère privé de la croyance

John Locke nous offre une avancée majeure vers la liberté d’expression. Pierre Bayle ouvrira les portes vers la souveraineté de la conscience individuelle.

VALEUR  INTRINSEQUE DE LA CONSCIENCE ET FONDEMENT MORAL DE LA TOLERANCE

Bayle est surtout le premier philosophe qui ait justifié la tolérance à partir  de principes moraux.

Les droits imprescriptibles de la conscience

La conviction du vrai, même dans l’erreur, a plus de valeur que l’adhésion acceptée au faux. La conscience peut en toute autonomie, véritable instance morale, juger par elle-même. Dieu nous pousse lui-même, à chercher la vérité et à se battre pour elle, en fonction de nos moyens.

La tolérance considérée comme une vertu morale

Pierre Bayle accomplie une révolution philosophique:

  • tolérance pour toutes les religions,
  • persécuter une religion empêche la quête de vérité,
  • dans chaque croyance, il y a un désir de vérité.

Le paradoxe d’une tolérance qui justifie l’intolérance

Trois conditions nécessaires pour l’expression de la croyance :

  • Obligation de se soumettre à l’examen de la lumière naturelle
  • Débusquer l’impulsion immédiate
  • Respecter les notions primitives de la moralité

Se dessinent les limites de la liberté d’expression, toujours pertinentes.

L’expression publique des convictions

L’interdiction de manifestations n’intervient qu’en cas de menace sur la vie commune.

Pour Bayle, les athées ne sont pas forcément moins vertueux que les autres, même s’ils sont dans l’erreur.

LES LECONS DU COMBAT POUR LA TOLERANCE

Les vertus de la conscience sont solidaires de son expression. La croyance est analysée en fonction de ses effets sur la vie publique.

Reconnaitre la valeur de toutes les croyances , l’autonomie de la conscience pousse à la tolérance. La prise en main par les pouvoirs publics a été un acquis considérable.

Mais à ce stade, les débats ne sont toujours que le registre religieux.

4. De la liberté de conscience à la guerre des mots

Les sujets politiques et sociaux ont un objectif d’interactions humaines. Jusqu’au XVIIIème siècle, il n’y avait aucune liberté de parole. Il fallait éviter tous troubles civils.

DE LA LIBERTE DE CROYANCE A LA LIBERTE DE PARLER

Longtemps la liberté de parler a été plus une tolérance accordée, dans un cadre parfaitement délimité et répondant à un rapport de force entre des revendications de parole opposée. C’était un acquis historique qui n’avait rien d’universel et ne s’appliquait pas au particulier. Il a fallu attendre la Révolution démocratique pour que changent les choses.

Une liberté universelle et pourtant limitée

Dans l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen – « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ».

C’est enfin la tolérance de principe, au delà de la tolérance religieuse. Mais pas sans limite :

« sauf à répondre des abus de la la liberté déterminés par la loi »

Si on comprend la nécessité de se prémunir contre ces abus (appel à la violence, diffamation, …) cette liberté et ses limites restent un sujet de tensions, un questionnement encore contemporain.

La liberté naturelle et les intérêts humains

1859, De la liberté, John Stuart Mill. L’ouvrage alerte sur les dangers de la pensée majoritaire qui cherche à s’imposer. Sa réflexion sur « la nature et les limites du pouvoir que la société peut exercer sur les individus » est de toute première importance. Mill conçoit la liberté de l’individu comme une donnée première, fondée sur ce qu’il appelle  » les intérêts permanents de l’homme, parmi lesquels celui d’exprimer ses idées.

Avec Mill, l’homme conçoit enfin ses opinions comme il l’entend. Et exprimer ses opinions est un bienfait pour lui et pour la société. L’Etat ne doit contraindre au silence que lorsque la parole fait du tort à autrui. Fin de la norme morale ! Mais la définition des « intérêts » complique la mise en œuvre de sa liberté d’expression.

Une sucess story : le principe du tort fait à autrui.

Mill est clair : les intérêts vitaux de l’homme ne peuvent être menacés. Ecrire contre les marchands de blé dans les journaux, oui,  Attiser une foule devant une échoppe de marchand de blé, non. Si cet exemple est parlant, la notion d’intérêt, au delà de l’intégrité physique reste plus complexe.

Entre opinions majoritaires et espoir d’auto-régulation

Mill a pressenti la pluralité future des courants d’opinion et la capacité de certains groupes à s’imposer, comme le pouvoir religieux d’antan, à la différence qu’ils fragmentent, eux, la société.

LA PRESSION SOCIALE ET LA REGULATION DES CROYANCES CHEZ MILL

Au XIXème, la loi devient garante de la liberté d’expression. Mill alerte sur les moyens dont dispose l’Etat qui peut s’en servir à son gré, pour ou contre une opinion qui lui conviendrait ou pas. L’Etat ne doit pas seul exercer ce contrôle. L’individu lui-même doit protéger sa liberté d’expression.

Pluralité d’opinion et recherche de la vérité

Cette pluralité est autant un fait qu’une valeur, indispensable à la quête de vérité. On retrouve Socrate et sa foi dans l’argumentation. Mais Mill va plus loin en défendant la valeur de l’opinion fausse : elle pousse à vérifier le vrai. C’est le seul moyen d’éviter que les énoncés vrais deviennent des dogmes morts.

Tous héritiers de Mill ?

Oui. Il fut de plus visionnaire quant aux problèmes que nous vivons aujourd’hui.

Un immense héritage et une difficulté persistante

Cet héritage, un droit de parler universel assorti de limites et une tolérance définie comme une vertu moraleest aujourd’hui contesté, dans un monde où se mélange cultures et où les moyens technologiques donnent une autre portée à la parole.

5. La liberté d’expression et le Mal

Les mots peuvent faire mal. Ils peuvent être énoncés partout et anonymement. Ils peuvent stigmatiser. Les « doctrines de la haine » ne sont pas récentes. Elles sont même récurrentes.

Les pays libéraux se sont dotés d’outils pour y faire face. Et ils se sont renforcés face à l’injure raciale en s’appuyant sur le droit et la philosophie.

LES PROPOS DE HAINE ET LE DROIT

Le droit protège autant les personnes que l’ordre public.

Le mal dans le mot

Aujourd’hui, il n’y a plus de frontière entre public et privé, entre pensée et sentiment. Un seul mot, et on peut être rayé, complétement, famille comprise !

Les dispositions juridiques

En 1972, la « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence » devient un délit. En 2014 et 2017, le texte va plus loin en définissant toutes les cibles potentielles, incluant sexe, orientations sexuelles ou handicap. La loi a organisé le droit à l’action reconnu au ministère public et à certaines associations.

Propos de haine et provocation à la haine

Diffamation et injures sont étroitement liées. L’humour n’est pas un argument pour atténuer l’injure. Certains mots, par leur histoire, sont injurieux. Certains propos peuvent être jugés racistes. Ils convient d’évaluer les torts produits.

La provocation à la haine

Au delà de la signification littérale, il faut tenir compte des effets et du contexte. Exemple simple : hurler au feu dans un théâtre bondé n’est pas sans conséquence.

Mais le motif de provocation à la haine est difficile à appréhender. Les propos peuvent inciter à une action mais aussi instiller un sentiment.

Confronter à la responsabilité pénale fondée sur l’autonomie individuelle, les choses se compliquent. Ni l’écoute, ni le sentiment ne sont aujourd’hui condamnables. L’écoute ne conduit pas forcément à une acceptation des idées et le sentiment ne mène pas forcément à une action délétère. Même si on ne peut nier les effets désastreux de propagande. La justice surfe sur tout cela.

Le négationnisme, une provocation à la haine ?

La loi Gayssot le pénalise en 1990. Elle n’a pas fait l’unanimité, auprès des juristes et historiens, y compris les familles des victimes de la Shoah car elle est considérée comme une atteinte directe à la liberté d’expression au nom d’une vérité officielle, une sorte de délit d’opinion.

Pour répondre à cette question, il est important d’étudier comment se construit un discours haineux. 

LES INJURES RACIALES SOUS L’OEIL DES PHILOSOPHES

La prise en compte par la loi des effets nocifs de la parole ne peut se faire au détriment de la liberté d’expression. D’où l’impérieuse nécessité de distinguer les propos nuisibles de ceux difficiles à entendre.

Distinguer les effets : offense et dommage

Gardons la colonne vertébrale  de Mill : 

  • pas d’immunité légale pour les propos qui font du tort 
  • pas de légitimité à réclamer la protection de la loi pour des propos qui ne causent pas de tort.

Ainsi la loi pourra faire face aux pressions de la société.

Le principe millien : le tort fait à autrui

Il s’agit de protéger  les atteintes aux droits de la personne. (rester en vie, intégrité physique, exercer sa liberté de penser et de parler, de jouir des libertés sociales fondamentales et de choisir son mode de vie). Tandis que les atteintes à ses convictions, ses goûts, son image ne seraient pas à protéger. On objecte à Mill que l’individu est seul à savoir ce qui est fondamental pour lui. Il répond qu’il y a une définition objective des intérêts et que chacun est responsable de soi-même.

Joel Feinberg introduit la notion de dommages (nocifs et répréhensifs) et d’offenses (tolérables), distinguant ce qui est de l’ordre de l’identité et ce qui est de l’ordre de la préférence choisie. Cette approche est particulièrement difficile à mettre en œuvre, car on ne sait ce qui relève de l’identité pour les uns et de la préférence pour les autres. Prétendre que l’injure raciale est un dommage parce qu’elle s’en prend à la race comme trait identitaire fait l’hypothèse que les races existent , ce qui est communément considéré comme un propos raciste.

De plus, quel juge arbitre serait compétent, au dessus de la pression sociale pour définir l’offense et le dommage ? Difficile frontière entre intérêts fondamentaux et intérêts fictifs. 

Les propriétés linguistiques des injures

Des travaux depuis 1990, souvent conduits par des femmes, pourraient nous aider à y voir plus clair.

Les injures raciales ou expression de haine sont destinées, comme les autres à humilier, mais en plus elles cherchent à décrire leur cible. L’élément nocif  de l’injure est soit « descriptiviste » (implicitement dégradant) soit  » émotiviste » (sentiment d’hostilité). Pour départager le plus nocif, l’analyse linguistique seule ne suffit pas. Il faut l’histoire et le contexte.

John Austin pointe les propos qui sont des actions en soit, et ceux qui ont aussi des visées supplémentaires.  L’injure est un acte : on injurie en même temps que l’on prononce l’injure mais elle a aussi des visées complémentaires : l’humiliation et l’exclusion, s’appuyant sur la connaissance du sens des mots utilisés, et la connaissance de l’intention de l’interlocuteur à vouloir nuire.

Injures raciales sous conditions : l’autorité et le contexte.

Le mot injurieux dépend de celui qui le porte et de celui qui le reçoit. L’insulte peut être détournée et affichée comme une fierté.

L’impact d’autorité est aussi beaucoup étudié. La portée de celui qui parle n’est pas la même.

Le mal que font les mots ne se limitent pas à la personne mais aussi aux normes partagées et à la capacité de répondre.

L’indignation et les normes morales

Les propos racistes provoque humiliation, malaise, perte de l’estime de soi mais aussi violence et colère, sur la cible et sur les témoins, ce qui est un véritable détecteur de violation des règles de la société.

Il est important que cette colère puisse s’exprimer et que l’on ne sombre pas dans du « c’est comme ça ». Il nous faut rester vigilent à ce que la parole sans tabou, professée par de quelconque manipulateur ne devienne pas un « alphabet balbutiant de la haine« .

Resistance au contrôle de la parole : entre dommages réels et offenses imaginaires

Les propos dévalorisants ne doivent en aucun cas être banalisés. Pour autant, on note que l’on est prêt maintenant à réagir à des propos qui n’ont pas l’intention d’être blessants.  L’indifférence à l’intolérable accompagne  l’absence de différence entre l’insupportable et le désagréable. Ces deux mouvements vont de pair. Toutes les deux menacent la liberté de parole et prospèrent dans notre société.

L’accès à la parole, l’enjeu majeur de notre société

Pouvoir répliquer à l’injure est capital mais pas donné à tout le monde. La victime ne peut souvent que se taire. Et pire, si elle réplique, sa réponse ne sera pas considérée, non pas seulement parce que c’est elle l’injuriée qui réplique mais aussi à cause du poids d’une situation d’ensemble qui la rend inaudible.

L’enjeu de la liberté de parler

Pour tout cela, la position de Mill est insuffisante. La parole peut faire mal, très mal. Sa position tient compte de celui qui parle mais non de celui à qui est adressé le propos. Il faut impérativement s’attacher à la liberté de parler de la victime.

6. Liberté usurpée et parole libérée

Que la liberté d’expression soit revendiquée par des militants n’ignorant rien du caractère répréhensif de leurs propos pose question.

UN POINT DE VUE OU UNE INJURE ?

Opinion ou injure raciste, l’effet est le même :créer une hostilité diffuse. La différence est que l’injure cible alors que l’opinion se présente comme contribution au débat.

La tolérance, vertu car elle nous permet d’accepter l’abject ou le choquant, complique l’appréhension de ce qui relève de l’opinion et non de j’injure. Les juges ont une marge d’interprétation, assez large.

L’EXCEPTION AMERICAINE, ET L’ARGUMENT DE LA LIBRE EXPRESSION COMME PARTICIPATION POLITIQUE

Un droit d’expression égal devait être garanti à toutes les opinions , depuis les années 1940. Mais les propos et actes racistes et discriminatoires y sont sévèrement punis. On assiste aussi à une remise en cause du Premier Amendement.

Ronald Dworkin expose un point de vue opposé, s’appuyant sur la force de la légitimité des lois : « les citoyens américains qui expriment librement leur point de vue seraient de ce fait moralement  contraints non seulement d’obéir à ces lois mais aussi d’en reconnaître le bien-fondé même lorsqu’elles vont à l’encontre de leur point de vue. »  Mais il a une interprétation beaucoup trop large de ce qu’est un point de vue.

LES PROPOS DE HAINE ET DE LIBERTE D’EXPRESSION, LE CAS SORAL.

La parole parfaitement assumée de Soral, justement condamnée pour l’appel à la haine qu’elle représente est l’exemple qui incite à remettre en cause la liberté d’expression radicale.

Raisons fermées et sens rabâché : l’homonymie en matière de liberté d’expression

Dès la première lecture, on perçoit que tout sur son site n’est que propagande. « On ne vous dit pas tout » et un tout qui est sans cesse rabâché, qui n’appelle pas discussion mais adhésion, ce qui le rend « faux-monnayeur de la liberté de parler ». « Faut-il pour autant  lui interdire de s’exprimer ? »

LA PAROLE LIBEREE, OU LES AMBIGUITES DU « C’EST CE QUE TOUT LE MONDE PENSE »

La parole libérée peut se réclamer d’un glorieux passé. La parole libérée est un bienfait pour les victimes muselées. Mais parler sans tabous impose-t-il de parler aussi sans précaution ? Sans tabou séduit, sans conformisme, sans tartufferie. Mais tout cela pour quoi ? Lutter contre d’anciens stéréotypes en en créant de nouveau ? Ouvrir le débat sur quoi ? toujours les mêmes sujets, toujours débattus ? sur des sujets qui n’intéressent personne, ne trompe personne sur leur inutilité ?

Enrichie le débat ou marteler des préjugés ?

Revendiquer la liberté d’expression n’est possible que si on accepte la parole de l’autre. Or, les propagandistes marteleurs d’une seule idée sont habiles à faire taire leurs détracteurs. La censure par des uns et des autres, pour les uns et les autres, sera toujours moins percutante que de s’attacher à l’incohérence des propos, les faiblesses d’arguments, les mensonges évidents. « La provocation est rarement un appel au débat, le meilleur moyen de neutraliser on effet de séduction est de la prendre au sérieux et d’argumenter. »

Donner la parole à ceux que l’on n’entend pas ou permettre le grand défoulement ?

« Il est difficile de savoir ce que pense le peuple, et ceux qui s’en font les porte-parole agissent souvent comme des ventriloques qui leur prête leur voix ».

Si on dit ce que tout le monde pense, est-on transgressif ? Cette parole libérée ne  passe-t-elle pas d’un « nous avons le droit de parler » à nous sommes les seuls à avoir le droit de parler  » ? Cette parole libérée ne se cantonne-t-elle pas à une simple posture ? « Toutes les opinions méritent d’être discutées, encore fait-il que les deux partis le souhaitent, la revendication à la dissidence ne suffit pas à elle seule à nourrir le débat. » 

LA HAINE COMME CONTRIBUTION AU DEBAT ? LE CAS DE NEGATIONNISME

Lancé par Robert Faurisson, cette contre vérité aura agité pendant vingt ans.

Le négationnisme et la recherche de la vérité

Les thèses de Faurisson ont été réfutées mais cela ne l’empêchait de revendiquer la liberté d’expression et de fustiger des censeurs qui protégeraient une vérité officielle. Cette vérité n’étant plus a démonter et rien ne laissant croire que Faurisson fut fou, on peut conclure qu’il fut malhonnête et pervers. On peut noter que la justice a évoluer avec le temps: en 1983, elle ne s’estimait pas compétente pour porter un jugement mais en 2014, elle a considéré que la masse de connaissance était suffisante pour trancher. Les faits sont bels et bien là. Indiscutablement. Le négationnisme ne relève pas de la liberté d’expression mais bien d’une idéologie et d’un mensonge. Il n’y a pas débat. les propos tenues par les négationnistes relèvent de la haine. Mais le laisser s’exprimer permet de le condamner aussitôt. Pouvoir entendre pour pouvoir toujours réfuter ramenant le menteur sur le terrain de la vérité.

STRATEGIE D’EMPRISE ET LUTTE POUR L’HEGEMONIE

Le point commun de ces agitateurs de haine, c’est qu’ils distordent les faits, empêchent leurs contradicteurs de s’exprimer et sont dans une totale mauvaise foi. Ce n’est jamais le débat qu’ils sollicitent. « il ne faut jamais oublié que ce qui est le plus dangereux dans leurs propos n’est pas ce qu’ils disent , ni même ce qu’ils suggèrent, mais ce qu’ils cherchent à obtenir dans un débat, à savoir imposer leur discours. En se réclamant de la liberté d’expression, leur stratégie est de contraindre moralement ceux qui ne veulent pas entendre leurs propos à les écouter quand même. »

Comment lutter efficacement, au-delà du recours en justice ?

7. L’innocence des faits et des images ? Tout montrer et tout dire ?

CACHER CETTE IMAGE QU’ON NE PEUT PLUS VOIR

La liberté d’expression peut-elle être invoquée pour justifier qu’on ne demande jamais de comptes aux images, aux récits, aux œuvres, en dépit de ce qu’ils ont parfois d’insupportables ?

Jubilation du meurtre et banalité du mal

Décrire la réalité ne devrait pas être l’objet de débat. Ce qui est, ce qui fut ne devrait pas être caché. 

Les bonnes intentions derrière la censure

Censurer pour se donner le temps d’avoir tous les éléments, pour éviter de créer des boucs émissaires est sans doute louable mais souvent contre productif. Un « rien ne s’est passé » mensonger fait bien plus de dégâts. Permettre le débat, l’instruction des faits est la seule voie intelligente.

L’euphémisation et la transformation

On se trouve de plus en plus confronter à la construction d’un récit déconnecté de la réalité ayant pour but de faire passer un message pour préserver ce que certains gouvernants estiment être une paix sociale. Journalistes et politiques déforment ou taisent des faits pour éviter des réactions inappropriées, affirmant que « les faits de détails sont sans importance n’ont pas d’importance pour prononcer un jugement moral d’ensemble ». Angela Merkel.

Les révélations ambiguës

Tout révéler mais hors contexte n’est pas forcément plus pertinent. Est-ce que le flot continu d’informations confidentielles de Wikileaks, mettant en danger des agents sur le terrain, nourrissant la curiosité insatiable du public relève de la liberté d’expression ?

CREATION ARTISTIQUE OU MESSAGE DISSIMULE ?

L’expression artistique se doit d’être libre? Elle ne s’inscrit pas dans un contexte ou une réalité, elle dépasse la volonté de vouloir dire quelque chose de particulier.

Mais avec la diffusion des œuvres d’art hors des cercles ayant les codes d’expression artistique, certains auteurs sont maintenant sommés de s’expliquer. La liberté d’expression artistique se trouve maintenant sous la pression active et systématique des même militants  évoqués dans le cadre universitaire.

Cette liberté d’expression se trouve également entravée par le souhait d’afficher un engagement politique, sociétal de la part des artistes eux-mêmes. L’exemption de responsabilité ne peut plus être, l’intention étant clairement définie de faire passer un message responsable.

Sexualité, pédophilie, féminisme

Nous vivons un cercle infernal : craintes des réactions du public, vaines tentatives de les désamorcer pour se retrouver encore plus sous les feux de la rampe et finalement être censuré.

Jusqu’au XX ème siècle, la censure émanait des autorités. Après, alors qu’on accédait à plus de tolérance, les ligues de la vertu, puis les associations militantes ont pris le relais de la censure. Et aujourd’hui, c’est la foule qui s’octroie le droit à la censure. Foule dont les artistes craignent les éventuelles interprétations.  « Le rôle que jouent les fantasmes  des spectateurs dans leur interprétation de l’œuvre est délibérément ignoré ; l’artiste est le seul présumé coupable, soupçonné de donner à voir à seule fin d’exciter le désir  ; ce qui est la définition même de la pornographie. »

Religion et identité

Tout devient provocation. Démêler la provocation réelle de celle supposée est quasi impossible. Seul comportement admis aujourd’hui : la reconnaissance de la dette et la demande de pardon.

Le public juge ce qui est montrable ou pas, piétinant le respect de l’œuvre d’un artiste.

8. Fini de rigoler. La liberté d’expression, le rire et la provocation.

Si on  ne prenait les choses que littéralement, aucun humour ne serait possible. L’humour repose sur des scènes décrites mais aussi des circonstances, des codes et des éléments linguistiques. Le but, faire rire, avec ou sans sens.

L’humoriste peut-il tout dire ?

LES DOMMAGES DE L’HUMOUR

L’humour fait mal. On ne peut mourir de rire, mais on peut mourir d’être humilié.

Rires des puissants et rires des faibles ?

Longtemps, les cibles furent les puissants, dirigeants et Eglise. Puis, comme ces cibles devenaient banales, on s’est tourné vers les faibles, les us et coutumes des uns et des autres. « L’humour est plus talentueux dans la critique que dans l’éloge ». 

L’innocence de l’humour

Est-ce un jeu de dupe ? La cible qui rit de la moquerie qui la vise, est-ce de bon cœur ?

L’humour et le grand bond en arrière

Le seuil du tolérable a changé.  Oubliant que : « l’humoriste débusque  les calculs travestis en vertus et renifle la part de mauvaise pensée et d’intérêt souvent présente dans la cause la plus noble. »

L’HUMOUR ET L’AMBIGUITE DU BIEN

L’humoriste ne dit pas ce qui doit être. Il déforme à l’envie, exagère, dévoile les côtés à combattre en conduisant souvent leur cible à rire d’eux-mêmes et permettant ainsi une éventuelle prise de conscience,  « corriger les mœurs en riant », principe ancien de la comédie … « l’hypocrisie étant depuis toujours un sujet de choix pour faire rire ».

L’AMBIVALENCE DES VICTIMES

Est-ce bien raisonnable de parer la victime de toutes les perfections ?

Changer le seuil du tolérable

« Les humoristes seraient comme des moralistes, qui ne font pas la morale, mais traquent les imperfections au cœur même des valeurs. »

LE CAS DE DIEUDONNE

Les positions affirmées de Dieudonné hors scène a fait perdre le côté humoristique de ses propos sur scène. Pourquoi ?

Que veut dire rire des juifs ?

Beaucoup d’humoristes, y compris juifs, rient des juifs. Dieudonné, lui, ne rit QUE des juifs et son humour entend servir une cause.

C’est juste de la provocation !

Difficile à admettre car la monomanie est rarement compatible avec la provocation. Un préjugé, largement répandu, peut-il est associé à de la provocation ? Est-ce de l’humour ? 

Dénoncer, faire rire et faire meute

Quand la provocation sert à échauffer des haines, on sort du domaine de l’humour.

CARICATURES RELIGIEUSES, CARICATURES POLITIQUES

La caricature s’affiche d’emblée comme non réelle et ancrée dans l’humour, forme d’expression à part et protégée, dans un cercle de connivence avec le lecteur.

Elle doit, toute en déformant la réalité, se faire comprendre immédiatement, sans nuance. « La caricature pour toucher juste, doit être sans justice ».

C’est une arme redoutable.

Les caricatures religieuses et le choix de l’islam politique

Revendiquer le droit de tout caricaturer est naturel en France grâce à la loi de 1905 sur la laïcité. Les choses sont moins claires partout en Europe. Mais chaque état est libre de ses pratiques dans ce domaine. En France, on peut attaquer une religion mais non un groupe de personnes en raison de leur religion. 

Peut-on se moquer de la religion de ceux que l’on associe à une minorité, faible, victime d’hier et d’aujourd’hui ? Où se situe alors le liberté de blasphème ? « Si la liberté d’expression était assortie d’une clause de protection à l’égard des minorités, elle serait une liberté infantilisante. »

La liberté d’expression est la plus républicaine des lois, comme le disait Léon Blum, loi qui s’applique à tous de la même manière, et dont les motifs de limitation sont incontestables pour tous, à l’inverse de motifs avancés par des idéologues ou des croyants.

Caricature de presse

La raison d’être d’un dessin de presse est sa capacité à faire régir ses lecteurs. Il est sans appel, injuste ou pas, à la limite de l’acceptable. Sa force, souvent, c’est de dire ce que tout le monde sait, sans le dire. On y voit ce qu’on ne veut pas voir, on prend conscience, on s’autocritique.  Renoncer à cette tradition empêche le dialogue, le décryptage critique. On se prive d’un mode de lecture , imposant une lecture littérale de tout et sujette au couperet d’un public censeur, aux mains d’activistes sans compétences juridiques ou journalistiques. On entre dans un mode d’auto censure, sans définition partagée du tolérable et de l’intolérable.

« Pourtant il nous faut préserver les moyens de nous réveiller, en colère, choqués, indignés, et surtout prêts à protester. »

9. Sauver la liberté d’expression

Nous sommes coincés entre les droits que l’on s’est octroyé,  de tout dire et celui de tout censurer, chacun jouant sur l’ambivalence du droit de parler.

AMBIGUITE D’HISTOIRE, AMBIGUITE DES CONCEPTS

Bâtie sur des règles religieuses, la liberté d’expression dans notre monde laïc peut sembler parfois bancale. Néanmoins, elle fut bien utile dans l’élaboration de la parole publique.

UN CONCEPT BANCAL, ARRIVE A SON TERME ?

Au début, les règles étaient claires : « les sources d’information étaient connues de tous, tous adhéraient à des formes partagées de convenance et de civilité et rejetaient pareillement les propos aberrants, manifestement faux ou extrêmement violents. »

Aujourd’hui, dans notre société sans filtre, où en sommes nous ? Quelque chose ne va plus.

DES EVOLUTIONS QUI RENDENT AUJOURD’HUI IMPRATICABLE LE CONCEPT DE LIBERTE D’EXPRESSION

Tout un chacun parle et transmet : le règne de l’horizontalité.

Situation nouvelle, démarrée dans les années 50 avec la radio et la télé, amplifiée par internet, qui rend difficile le lien entre l’émetteur et le message, donnant à toute information la même valeur, privilégiant le spectaculaire à la raison. La liberté d’expression qui permettait de régler la vie publique est mise à rude épreuve.

A chacun son droit de parler, ou chaque tribu sa langue

Le pluralisme des points de vue et d’opinion se trouve noyé sous l’avis de chacun, fortement attaché à une identité, une culture. Les sujets ne sont plus des idées mais des façons de vivre, ce qui n’a plus rien à voir. Il n’y a plus de cadre où tout le monde peut se comprendre et ceci d’autant plus que depuis les années 2000, on veut nous imposer une façon de parler des minorités ou des valeurs progressistes. On assiste à une privatisation de la parole et l’installation d’une auto censure implacable.

Langue racialisée et parole genrée : la langue peut-elle refléter les valeurs de nos sociétés ?

L’échange d’idées n’est possible que lorsque la langue elle-même n’est plus un combat. Si les mots perdent de leur neutralité et deviennent l’affirmation de position avant même de l’avoir défendue, l’échange d’idées devient compliqué car on ne peut plus caractériser les mots de manière objective. Chaque parole est sous la menace des mouvements bien organisés et prompts à s’indigner. Les germes du racisme peuvent se retrouver aujourd’hui dans n’importe quel propos. Seule solution : l’adhésion à une langue moralement pure ou le silence.

UNE NOUVELLE PERSPECTIVE  SUR LA LIBERTE D’EXPRESSION

Ne plus s’occuper des fondements

D’une part parce que la démonstration serait aujourd’hui un échec et d’autre part, parce que ceci nous libère du besoin de justification.

Une liberté d’expression relationnelle

C’est un droit, soumis à des règles, qui s’exerce dans une situation de relation. Elle permet de modifier ce qui est considéré comme acceptable ou non. Cette liberté peut priver de parole mais aussi, au contraire la donner à ceux qui ne l’avait pas.

COMMENT RESISTER ?

Préserver la liberté d’expression, c’est empêcher la censure mais aussi lutter contre les intimidations qui poussent à l’auto censure.

La justice mise en concurrence

La loi protège la liberté de parole en fonction de règles connues de tous et s’appliquant à tous. Les meutes déchainées ne souhaitent que réduire au silence, définitivement et prend souvent la justice de vitesse balayant tous les droits fondamentaux sur son passage.

La justice déjà dépassée dans sa prétention à régler la parole.

Dans un contexte de pression constante, qui condamne immédiatement, la justice, et nous, avons des soucis à nous faire. D’autant plus que la justice ne se préoccupe absolument pas de ceux qui se sont déjà auto censurés.

La justice se retrouve coincée, comme le législateur, illisible, à la traine, engluée dans un positionnement de circonstance. On va-t-on entre laisser faire et multiplication des sanctions ?

REGLER LA LIBERTE D’EXPRESSION EST UNE QUESTION DE LIMITES, NON DE MORALE

La parole est du ressort du juste et non du bien. Nul ne doit être empêcher de parler, brassage, concurrence d’opinions sont indispensables.

Au delà de la conception libérale traditionnelle

La liberté d’expression n’est pas un droit universel et doit être limitée si elle humilie. Mais au delà, il convient d’interdire toute parole qui « ne visent qu’à humilier, disqualifier et faire taire, tout comme ceux qui veulent occuper tout l’espace du débat. »

« En conséquence, tout est permis en matière de parole publique sauf ce qui est dit pour empêcher les autres de parler ou pour restreindre le débat. »

Ne pas confondre justice des normes et morale des modes de vie

L’Etat impose une justice. Mais il n’a pas à se soucier de valeurs. A chacun sa façon de vivre dont il peut  être librement fier mais qu’il n’a pas à imposer à quiconque. Libre de penser ce que l’on veut dans le respect des normes communes.

La confusion entre norme et valeur est préjudiciable : la tolérance permettait à tous de s’exprimer, aujourd’hui elle est revendiquée pour interdire à d’autres de parler.

Les valeurs progressistes sont-elles des valeurs comme les autres ? Est-il tolérable de les critiquer ?

Les progressistes se réclament de valeur s démocratiques et humanistes mais ceci n’interdit en rien qu’ils soient eux aussi l’objet de critiques. Ne pas critiquer quelque valeur que ce soit conduirait à un conformisme, enfermerait dans une bien-pensance progressiste. La liberté n’aurait plus qu’une seule forme, à laquelle on ne pourrait se soustraire.  Soumettre les valeurs progressistes au débat : « C’est refuser de les transformer en tabous intouchables, et donc s’entrainer à les défendre afin de les garder vivantes. » 

Ce combat n’est pas facile face à tous ceux qui tiennent à faire taire.

UN COMBAT POUR LE JUSTE ET NON UNE GUERRE MORALE, ENCORE MOINS UNE CROISADE

Il ne s’agit pas d’un combat pour prouver que l’un a plus de valeur que l’autre. Non, il s’agit de justice : tout le monde a le droit de parler.

Juste moyen de lutte 1 : refuser la censure

Mill : Empêcher une personne d’exprimer son opinion, c’est un vol fait à l’humanité. La censure doit être minimale, justifiée et circonstanciée.

« Il n’ y a aucune opinion, même la plus effroyable, face à laquelle la raison humaine n’ait pas quelque chose à dire. »

Juste moyen de lutte 2 : s’en tenir à la littéralité des propos, ou du danger de sortir du droit de la presse certaines des incriminations prévues par la loi de 1881

  • Sanctionner les délits de manière précise et justifiée pour se soustraire de toutes pressions
  • Préserver les droits de la presse car les difficultés de régulation des propos sur le web ne la concerne pas. Les juges ne sont pas assez nombreux, ils manquent de moyens mais la loi de 1881 est bonne, telle qu’elle est.

Juste moyen de lutte 3 : jamais d’interdiction préventive

Conclusion – Et après ?

RESTAURER SUR LES RESEAUX SOCIAUX L’EXIGENCE DE LA LIBERTE D’EXPRESSION

La liberté de parler perdue dans la viralité

Si chacun d’entre nous peut s’exprimer sur le web, tout le monde n’est pas forcément entendu.

D’une impossible régulation par la dynamique de l’échange

Sur le web, contrer une idée fausse peut se révéler impossible. Les algorithmes n’ont rien de neutre.

Le web, l’anonymat et les émotions mauvaises

Le web fera plus souvent remonter ce qui buzz, l’anonymat est facilement contournable pour le commun des mortels, même haineux, mais bien plus compliqué à lever pour les organisations criminelles. Les émotions mauvaises pullulent en effet.

Les ratés d’une régulation par signalement et modération

Tâche colossale pour peu de modérateurs ! Avec un désir de transparence plus ou moins atteint.

De la suppression des messages à la définition du droit de parler

Les GAFA se sont octroyé le droit de définir qui peut ou pas parler.

On est bien loin d’un espace libre de débats contradictoires.

Les difficultés de régulation concertée

Devant la difficulté de faire appliquer les lois existantes, on assiste à une prolifération de nouvelles lois. Pourtant l’enjeu démocratique est réel.

Une régulation des plateformes qui préserve la liberté de parler, est-ce convenable ?

C’est le principe même de fonctionnement des plateformes qui est à discuter : la façon dont les algorithmes fonctionnent. Il faudrait également élaborer un contre discours aux idées fausses. Par ailleurs, entreprises et utilisateurs de ces réseaux ont leur propre rôle à jouer. Les idées ne manquent pas (Voir la Quadrature du Net)

DES ENGAGEMENTS CIVIQUES EN FAVEUR DE LA LIBERTE D’EXPRESSION SANS RECOURIR A LA CENSURE

Faire entendre autre chose

Par la parole, l’éducation, la persuasion démocratique

Délégitimiser

Il ne s’agit pas d’interdire mais de les obliger  au débat certains ont pris l’habitude de se soustraire.

Désarmer

Parodie, humour, distanciation permettant de révéler leur discours malveillants.

« La défense des libertés de parler doit prendre des chemins inédits  si elle ne veut pas être réduite à l’impuissance devant la violence du monde et les ardeurs militantes de ceux qui ont perdu le goût de la liberté.

 

Mes vie secrètes – Dominique Bona – Folio – 2020

Il est des livres qui sont de purs moments de bonheur. Je classe dans cette catégorie ceux qui vous ouvrent leur cœur. 

Il y a dans les vies secrètes de Dominique Bona tant de respect, tant d’amour pour des êtres, des lieux, des livres, des oeuvres que c’est pour moi, un hymne à la vie, un chant qui donne envie de mieux voir ou de voir plus. C’est une antidote contre l’oubli, ce mal qui  nous submerge, nous ronge et prend tant de formes différentes aujourd’hui pour mieux nous réduire au néant. 

Il y a tant de cohérence dans ce récit que l’on voit bien que Ses vies n’en font bien qu’une, la nôtre, si riche, si fragile mais si belle. Ces vies qu’elle décrit sont des pages de notre histoire.

Un seul souci : il donne envie d’aller acheter TOUT ce qu’elle écrit ! Et je n’avais que l’extraordinaire Gary  dans ma bibliothèque ! Berthe et Clara vont aller le rejoindre, après le passage sur ma table de chevet.

Il ne se passe rien dehors – Emeline Vital – Jets d’encre

J’ai dévoré et adoré ce petit roman. Le style est vif, précis. Une absence de mise en scène qui donne l’impression de lire un journal intime.

On commence avec l’impression que l’on se plonge dans une histoire simple et éternelle. Et non. 

Pourtant, de bout en bout, c’est des morceaux de quotidien, des réflexions, des rapports aux gens, à la famille qui me sont familières. Ce qui arrive est finalement peu important, c’est la force et la fragilité de cette femme qui nous emporte.

Moi qui connais si peu l’auteur mais qui l’apprécie beaucoup, j’ai eu du mal à dissocier l’auteur de la femme. Cela donne donne envie de la connaître plus encore et cela donne envie de lui dire : Bon, quand en écris-tu un autre ?

 

Indes Galantes

https://www.bing.com/videos/search?q=indes+galantes+film&docid=13840148426636&mid=25CF514896A04C002C1625CF514896A04C002C16&view=detail&FORM=VIRE

Bande-annonce Indes galantes

Pour quoi faut-il absolument voir ce film ?

Parce que l’Art et la Beauté rencontrent l’Energie et le Génie, à une croisée de chemin.

C’est un voyage dans le temps, un voyage dans l’espace. C’est la découverte de deux mondes qui partagent une chose essentielle, une chose si fragile : l’envie d’illustrer la vie de telle façon que l’on puisse en ressentir toutes les émotions qu’elle nous offre.

Il y a tant de vitalité dans ce film, tant de désir de donner, d’exprimer, tant de désir de perfection, qu’en ressortant de la séance, je sais que j’ai raison de croire en l’Homme.

Vous avouerez, ils sont si nombreux ceux qui s’efforcent de nous faire douter qu’il faut absolument aller se ressourcer à l’ombre de ce Rameau.

Merci – Daniel Pennac – Gallimard 2004

Cela fait bien trop longtemps que je ne m’étais plongée dans l’univers de Pennac. C’est une grave erreur tant la lecture de cet auteur fait du bien !

Nous tournons autour du merci, le merci officiel, le merci des cérémonies, frôlant au passage le petit merci de tous les jours.

Satirique ou philosophique ? Je ne sais dans quelle rubrique le classer.

Un Yankee à la cour du roi Arthur – Mark Twain – libretto 2019

L’un des plaisirs du lecteur, c’est de tomber sur une perle, même si c’est un grand classique qui aurait dû être connu depuis longtemps.

Ce livre est savoureux à l’oreille. Le style de Mark Twain qui se frotte aux tournures d’un monde encore plus ancien, ce n’est que du bonheur et des éclats de rire. Les mots donnent autant sujet à sourire que les situations. On rit, vraiment.

Que ce Yankee perdu au milieu de ce royaume, magique, mythique mais esclavagiste et bien peu démocrate, sache parfaitement comment évoluer et quoi faire changer étonne guère. Il vous reste à découvrir le succès de son entreprise.