Merci pour ta lettre. J’espère que ce ne fut pas trop difficile de délaisser quelques instants les tiktokés et youtubeurs à roulades chargés de ta communication.
Je ne l’ai pas encore reçue par la poste, mais comme tous les journaux nous la transmettent gentiment, je ne m’impatiente plus et me précipite sur la divine missive.
Etrange, ce « Nous ». Il est censé m’associer et pourtant, il me hérisse le poil. Est-ce parce que je ressens que tu vas essayer de me faire porter la responsabilité de tes choix, ceux que tu m’imposes depuis 5 ans en me répétant sans cesse combien je suis trop bête pour faire les bons et combien il faut me punir de ne pas vouloir des tiens ? Nous n’avons pas vécu ensemble ces 5 ans de crise. Qu’est-ce qui a changé dans ta vie, dans ta façon de gouverner depuis 5 ans ? Quel sacrifice as-tu fait pour te permettre de dire nous avons traversé ces crises ensemble ? Non, nous étions chacun de l’autre côté de la rue, pas si facile à traverser.
« Grâce aux réformes menées, notre industrie a pour la première fois recréé des emplois et le chômage a atteint son plus bas niveau depuis quinze ans. Grâce au travail de tous, nous avons pu investir dans nos hôpitaux et notre recherche, renforcer nos armées, recruter policiers, gendarmes, magistrats et enseignants, réduire notre dépendance aux énergies fossiles, continuer à moderniser notre agriculture. » Excuse-moi, Emmerdeur 1er, tu as fumé quoi là ? Tu n’as lu pas Le Monde, et le reste de la presse, tous les jours, toi !
« Nous connaissons des bouleversements d’une rapidité inouïe : » Alors soyons clairs, ceci n’est pas nouveau du tout. Le Monde s’emballe depuis la révolution numérique, qui ne date pas d’il y a 5 ans. « Nous » sommes plusieurs à vivre cela depuis « notre » naissance. J’espère que cela ne fait pas partie de « l’expérience acquise auprès de vous » parce que cela prouverait que la dernière fois, nous avons vraiment élu un crétin.
« Voilà pourquoi je sollicite votre confiance pour un nouveau mandat de Président de la République. Je suis candidat pour inventer avec vous, face aux défis du siècle, une réponse française et européenne singulière. Je suis candidat pour défendre nos valeurs que les dérèglements du monde menacent. Je suis candidat pour continuer de préparer l’avenir de nos enfants et de nos petits-enfants. Pour nous permettre aujourd’hui comme demain de décider pour nous-mêmes. » Que c’est beau ! Nos valeurs ? trop chouette ! Lesquelles en particulier ? Par contre, excuse-moi, encore, mais « décider pour nous-mêmes » soit c’est le mot décider, soit c’est nous-mêmes qui est mal employé. Emmerdeur 1er , tu nous a prouvé pendant 5 ans que nous ne pouvions pas réfléchir par nous-mêmes. « Grande aventure collective qui s’appelle la France » : serons-nous ou ne serons-nous pas aventureux ? Réponse le 10 avril…
Energie, oui, tu as raison. Comme pas mal d’autres candidats qui eux, n’ont pas encore eu l’occasion de mettre la France à terre avec sa fabuleuse politique nucléaire. L’Ecole, oui, tu as raison. Au début de ton premier mandat, dont j’aimerais bien qu’il soit le seul, j’avais beaucoup d’espoirs en monsieur Blanquer. Bon, après 5 ans, franchement, il ne serait pas mauvais de changer d’équipe. Es-tu satisfait de ton bilan, Emmerdeur 1er ?
« Bien sûr, je ne pourrai pas mener campagne comme je l’aurais souhaité en raison du contexte. » C’est fini, le « En même temps » ? Allons, allons, tu avais prévu une campagne éclair, il ne te manque juste que le tonnerre, Jupiter ! « Mais avec clarté et engagement j’expliquerai notre projet, notre volonté de continuer à faire avancer notre pays avec chacun d’entre vous. » Engagement, on ne peut pas le nier. Clarté, pas certaine que même avec 5 ans de plus, tu en soies capable.
Bon, merci pour ce moment, comme dit l’autre.
Une réflexion au sujet de « Cher Emmerdeur 1er, »